Récits climatiques

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Communication climatique en Afrique : sortir des récits importés

La communication sur le climat en Afrique souffre d’un décalage profond. Pour mobiliser réellement, nous devons cesser de considérer les récits climatiques dominants comme universels. Il s’agit  de commencer à écouter davantage les réalités vécues, les expériences locales et les langages ordinaires. La communication sur le changement climatique semble aujourd’hui omniprésente. Rapports internationaux, campagnes de sensibilisation, discours institutionnels, images de catastrophes, mots d’ordre répétés à l’infini : « urgence », « transition », « résilience ». Pourtant, malgré cette multiplication de messages, un malaise persiste. Beaucoup de publics africains ne s’y reconnaissent pas pleinement, ne s’y engagent pas réellement. Ou encore ils ressentent une forme de distance, parfois même de fatigue. Cette fracture ne relève pas uniquement d’un problème de pédagogie. Elle est aussi politique, culturelle et historique. Elle interroge la manière même dont le climat est raconté, nommé et mis en scène. La question n’est donc pas seulement de produire davantage de messages climatiques. Elle consiste aussi à comprendre dans quelles conditions ces discours deviennent audibles, appropriables et légitimes pour les publics auxquels ils s’adressent. Repenser la communication climatique en Afrique, c’est d’abord prendre acte de ce décalage. Mais par où commencer concrètement ? 1. Reconnaître que la communication climatique n’est pas neutre La première étape consiste à reconnaître que la communication climatique dominante reste largement structurée par des cadres de pensée, des catégories et des priorités élaborés principalement dans les pays du Nord. J’en parlais lors de ma conférence lors du webinaire « L’Afrique face aux crises et à  la durabilité : comment communiquer » organisé par l’Académie des Controverses et de la Communication sensible (ACCS) (https://academie-ccs.uqam.ca/).  Les récits globaux sur le climat sont souvent façonnés par des institutions internationales, des organisations de développement ou des centres de recherche. Ces derniers imposent leurs normes, leurs temporalités et leurs manières de définir les problèmes environnementaux. Repenser la communication climatique ne signifie pas rejeter toute expertise internationale. Il s’agit plutôt de questionner l’idée selon laquelle un même récit pourrait être valable partout, indépendamment des contextes sociaux, culturels et historiques. Accepter cela, c’est reconnaître que parler du climat à Dakar, à Saint-Louis, à Ouagadougou ou à Antananarivo ne peut pas se faire avec les mêmes mots, les mêmes images et les mêmes priorités qu’à Bruxelles ou à New York. Tant que cette asymétrie narrative n’est pas reconnue, les stratégies de communication risquent de produire de la distance plutôt que de l’adhésion. 2. Interroger les mots que l’on utilise Le langage est au cœur du problème. Des termes comme « résilience », « adaptation », «transition » ou encore « solutions fondées sur la nature » circulent abondamment dans les discours climatiques contemporains. Ces mots donnent souvent l’impression d’un consensus. Pourtant, ils peuvent aussi masquer des rapports de pouvoir et produire un décalage avec les réalités vécues. Dans certains contextes africains, ces termes peuvent être perçus : Repenser la communication climatique suppose donc un travail critique sur le vocabulaire utilisé. Il ne s’agit pas seulement de traduire les messages en langues locales. Il faut également se demander si les concepts eux-mêmes font sens dans les expériences quotidiennes des populations concernées. 3. Écouter les langages ordinaires Repenser la communication climatique implique aussi de partir des manières locales de nommer et de raconter les transformations environnementales. Quels mots les communautés utilisent-elles pour parler de la sécheresse, de la perte des terres ou de l’instabilité des saisons? Quels récits circulent déjà dans les espaces ordinaires, mais restent peu visibles dans les discours institutionnels ? Commencer par écouter ces langages ordinaires constitue une étape essentielle. Car une communication climatique située ne peut pas être construite uniquement à partir de catégories importées ou de discours standardisés. La transition climatique en Afrique ne pourra difficilement se faire sans une réflexion sur les récits qui l’accompagnent. Repenser la communication climatique ne consiste pas uniquement à changer les contenus. Cela implique aussi d’interroger les conditions mêmes de production de la parole climatique : qui parle, dans quelle langue, depuis quels territoires et au nom de quelles expériences vécues.

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Raconter le climat depuis Saint-Louis du Sénégal

Il y a des jours où je me demande si les mots suffisent. Comment raconter le climat sans le trahir ? Comment dire ce qui brûle, ce qui se noie, ce qui s’effondre, sans enfermer le monde dans un langage froid ou désespéré ? Ces questions m’accompagnent depuis que j’ai choisi de faire de la communication climatique non seulement un champ de recherche, mais aussi une manière d’habiter le monde. Dans mes travaux, j’utilise des notions comme adaptation, résilience, gouvernance ou transition. Ces concepts sont nécessaires. Ils permettent de structurer l’analyse et de rendre intelligibles des phénomènes complexes. Pourtant, je ressens parfois une forme de décalage entre ces catégories scientifiques et les réalités humaines qu’elles prétendent décrire. Le climat n’est pas uniquement un objet d’étude. Il est une expérience vécue.  À Saint-Louis, certaines familles voient la mer avancer chaque année un peu plus près de leurs maisons. Des pêcheurs observent la transformation du littoral sans toujours disposer des mots institutionnels pour nommer ce qu’ils vivent. Des habitants parlent du vent, des saisons ou des semences avec une finesse que les indicateurs techniques peinent parfois à restituer. C’est dans ces moments que je commence à interroger les cadres à partir desquels nous produisons les récits climatiques. Je dois affirmer ma position, je parle du climat depuis Saint-Louis du Sénégal. Ma formation universitaire, largement héritée des traditions académiques occidentales, m’a transmis des outils précieux que je ne renie pas. Mais elle m’a aussi habituée à une certaine manière de penser : catégoriser, objectiver, mettre à distance. Or, plus j’avance dans mes recherches, plus je ressens la nécessité de faire dialoguer ces héritages théoriques avec mon propre vécu, mon contexte africain et les savoirs situés des communautés que je rencontre. Les travaux de penseurs comme Valentin-Yves Mudimbe, Paulin Houtondji, Souleymane Bachir Diagne ou Sabelo Ndlovu-Gatsheni m’aident précisément à penser cette tension. Ils rappellent que les savoirs ne sont jamais neutres et que les manières de raconter le monde sont liées à des histoires, des rapports de pouvoir et des expériences situées. Dès lors, écrire le climat ne consiste plus seulement à transmettre des informations. Il s’agit aussi de produire des récits capables de relier les données scientifiques aux réalités sensibles. C’est peut-être pour cela que la poésie occupe une place importante dans mon rapport à l’écriture. Non comme une échappatoire à la rigueur scientifique, mais comme une manière de rendre perceptible ce que les chiffres seuls ne parviennent pas toujours à exprimer. La science permet de comprendre. La poésie permet de ressentir. Entre les deux, il existe un espace fragile mais essentiel : celui d’une communication climatique qui cherche moins à imposer un discours qu’à créer une résonance. Écrire le climat, c’est tenter de résister à l’habitude. C’est refuser que la catastrophe devienne normale, que la souffrance soit absorbée dans le bruit de l’actualité. C’est écrire pour se souvenir, pour alerter, pour relier. Je crois que nous avons besoin de mots qui scient et de mots qui soignent. De la science pour comprendre, et de la poésie pour continuer à croire. Entre les deux, il y a ma place : celle d’une communicante qui écrit pour que le climat ne soit pas seulement un sujet, mais une expérience partagée, un langage commun entre le savoir et le sensible.

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Le mot « vert » a-t-il encore un sens ?

Depuis quelques années, je ne peux m’empêcher de remarquer à quel point le mot vert est partout. Politiques vertes, croissance verte, finance verte, emplois verts, villes vertes, projets verts, communication verte. Le terme circule, se répète, s’impose comme un label rassurant, presque magique. À force d’être omniprésent, je me pose une question simple mais essentielle : que dit encore vraiment le mot “vert” aujourd’hui ? À l’origine, le mot vert renvoie à la nature, au vivant, à la régénération. Il évoque la forêt, la végétation, les cycles naturels. Mais dans les discours contemporains, notamment institutionnels et marchands, il s’est progressivement détaché de ces référents concrets. Le vert est devenu un adjectif passe-partout, une promesse implicite de durabilité, souvent sans contenu précis. Je constate que le mot est utilisé comme un raccourci communicationnel. Dire qu’un projet est “vert” suffit parfois à le rendre acceptable, voire désirable, sans que ses impacts environnementaux réels soient clairement explicités. Le langage agit alors comme un écran : il rassure, mais il n’éclaire pas. L’inflation verbale de l’écologie Cette banalisation du lexique écologique n’est pas anodine. À force de qualifier toute initiative de “verte”, on assiste à une inflation verbale qui finit par diluer le sens même de l’écologie. Les mots s’usent à force d’être mobilisés sans précision. Ils perdent leur pouvoir critique. Je vois dans cette inflation une stratégie discursive : en verdissant le langage, on donne l’impression d’agir pour l’environnement, sans nécessairement transformer en profondeur les pratiques. Le mot vert devient alors un outil de neutralisation du débat plutôt qu’un levier de remise en question. Ce glissement n’est pas seulement sémantique. Il a des effets politiques. Lorsqu’on parle de “transition verte” sans interroger les rapports de pouvoir, les inégalités sociales ou les impacts territoriaux, le langage participe à une forme d’inaction symbolique. On agit dans les mots, pendant que les réalités écologiques continuent de se dégrader. En Afrique, ce phénomène prend une dimension particulière. Des projets qualifiés de “verts” peuvent coexister avec des formes d’extractivisme, de dépossession ou d’exclusion des communautés locales. Le mot vert masque parfois des continuités problématiques, au lieu de les révéler. Le risque d’une écologie dépolitisée À mes yeux, l’un des dangers majeurs de cette banalisation est la dépolitisation de l’écologie. En réduisant l’écologie à une couleur ou à un adjectif valorisant, on évacue les conflits, les choix, les arbitrages. Or, l’écologie n’est pas consensuelle par nature. Elle questionne des modèles économiques, des modes de vie, des hiérarchies de valeurs. Lorsque tout devient “vert”, plus rien ne l’est vraiment. Le langage cesse de distinguer ce qui relève d’un réel changement de ce qui relève d’un simple ajustement cosmétique. Face à ce constat, je plaide pour une écologie du langage. Cela signifie prêter attention aux mots que nous utilisons pour parler de l’environnement, refuser les termes vagues, exiger de la précision. Dire ce qui est fait, pour qui, à quel coût, avec quelles conséquences. Une écologie du langage suppose aussi de ralentir le discours, de renoncer aux slogans faciles, d’accepter la complexité. Elle invite à redonner aux mots leur capacité à nommer les réalités, y compris lorsqu’elles sont inconfortables. Redonner du poids aux mots de l’environnement Redonner du sens au mot vert, ce n’est pas l’abandonner, mais le désencombrer. C’est le réinscrire dans des pratiques vérifiables, des engagements mesurables, des transformations visibles. C’est aussi accepter que certains projets ne soient pas verts, mais ambivalents, contradictoires, ou simplement insuffisants. À travers cette vigilance linguistique, il s’agit de réaffirmer que les mots comptent. Ils orientent les perceptions, structurent les débats et conditionnent l’action. Une écologie sincère commence aussi par un langage honnête. Je reste convaincue que l’écologie ne gagnera rien à être diluée dans un vocabulaire creux. À l’heure des urgences climatiques, nous avons besoin de mots justes, précis et responsables. Interroger le mot vert, c’est interroger notre rapport au vivant, mais aussi notre manière de gouverner, de communiquer et de nous engager. Avant de verdir les discours, prenons le temps de penser ce que nous disons. Car une écologie du langage est peut-être la première étape vers une écologie de l’action.

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La Grande Muraille Verte : du mythe de la barrière à la bataille des récits

Lancée officiellement par l’Union africaine en 2007, la Grande Muraille Verte (GMV) est souvent présentée comme l’un des projets environnementaux les plus ambitieux du continent africain. À l’origine, l’idée reposait sur une représentation simple et puissante : créer une immense bande végétale traversant le Sahel, du Sénégal à Djibouti, afin de freiner l’avancée de la désertification. Rapidement, cette image a circulé dans les médias internationaux, les sommets climatiques et les discours institutionnels. Elle a contribué à faire de la GMV un symbole mondial de la lutte climatique en Afrique. Pourtant, derrière les chiffres de reforestation et les promesses de séquestration carbone, une autre dimension mérite d’être interrogée : celle des récits qui structurent notre manière de penser ce projet. En tant qu’observatrice des dynamiques de communication sur le changement climatique, je propose ici de revenir sur cette évolution narrative. Comment la Grande Muraille Verte est-elle passée d’un imaginaire de fortification à une vision plus complexe de résilience territoriale et de développement humain ? Le pouvoir des mots : la force et les limites de la « muraille » À ses débuts, la communication autour de la GMV reposait fortement sur une sémantique de défense. Le mot « muraille » évoque immédiatement une frontière, une ligne de protection, voire une logique de combat. Dans cet imaginaire, le désert devient une menace qui progresse et qu’il faudrait stopper. Cette métaphore a joué un rôle important. Elle a permis de rendre visible un problème environnemental complexe grâce à une image simple. Un « mur » se représente facilement. Il produit un récit héroïque et spectaculaire, particulièrement efficace pour attirer l’attention des bailleurs, des médias et des institutions internationales. Mais cette représentation a également ses limites. Elle tend à donner l’impression que le Sahel serait un espace vide qu’il faudrait reconquérir écologiquement. Or les territoires concernés sont des espaces habités, traversés par des activités agricoles, pastorales et commerciales anciennes. Ce sont aussi des lieux de mémoire, de circulation et de vie. Réduire la GMV à une « barrière contre le désert » risquait alors de masquer la complexité sociale et politique des territoires sahéliens. Le récit pouvait apparaître comme une intervention pensée depuis les institutions internationales plutôt qu’à partir des réalités vécues localement. Une pluralité de récits en concurrence Aujourd’hui, le récit de la Grande Muraille Verte évolue. Toutefois, il serait réducteur de parler d’un simple remplacement de la « muraille » par une « mosaïque de vie ». En réalité, plusieurs narrations coexistent encore. Dans certains discours, la GMV demeure un projet de lutte contre la désertification. Dans d’autres, elle devient un programme de développement territorial, de sécurité alimentaire ou de création d’emplois. À cela s’ajoutent parfois des dimensions géopolitiques, panafricaines ou sécuritaires. Depuis quelques années, un glissement sémantique important est néanmoins observable. Le récit ne porte plus uniquement sur l’arbre qui fait écran, mais sur les systèmes sociaux et économiques qui permettent aux territoires de vivre durablement. La GMV est désormais davantage présentée comme une « mosaïque de systèmes de production » que comme une simple ligne verte traversant le continent. Ce changement est loin d’être anodin. Il traduit une tentative de déplacer la communication climatique d’une logique de conservation vers une logique de transformation sociale. Le discours intègre désormais des enjeux comme l’accès à l’eau, l’énergie solaire, l’emploi des jeunes ou l’autonomisation des femmes. Cependant, changer les mots ne suffit pas toujours à transformer les pratiques. Derrière les récits demeurent des questions essentielles : qui décide des priorités ? Qui choisit les espèces plantées ? Qui contrôle les financements ? Comment les populations locales participent-elles réellement aux décisions ? Autrement dit, les récits climatiques ne sont jamais neutres. Ils participent aussi à structurer des rapports de pouvoir autour des territoires, des ressources et des modèles de développement. Parler au Sahel, pas seulement au monde L’un des principaux défis de la communication autour de la GMV concerne aujourd’hui ses publics. Pendant longtemps, le récit a surtout été construit pour être audible à l’international : conférences climatiques, rapports institutionnels, grandes ONG ou bailleurs de fonds. Or une communication efficace ne peut pas uniquement circuler dans les espaces diplomatiques. Elle doit aussi résonner dans les territoires concernés. Cela suppose de traduire les enjeux dans les langues locales, mais également de reconnaître les formes locales de transmission des savoirs : radios communautaires, récits oraux, pratiques pastorales, mémoires des sécheresses ou expériences agricoles. Dans plusieurs zones sahéliennes, les habitants ne parlent pas de « résilience climatique » au sens institutionnel du terme. Ils parlent de la disparition de certains pâturages, de la difficulté à accéder à l’eau, des transformations des saisons ou encore des changements dans les trajectoires de transhumance. Ces récits du quotidien constituent eux aussi des formes de savoir environnemental. L’enjeu est donc de faire évoluer la GMV d’un « projet panafricain » porté par les institutions vers un véritable mouvement social et citoyen capable d’être approprié localement. Je dois avouer que moi même j’ai découvert ce projet au détour de mes bifurcations sur internet. L’histoire de la Grande Muraille Verte montre que le succès d’un projet climatique ne dépend pas uniquement du nombre d’arbres plantés. Il dépend aussi de la manière dont les populations se reconnaissent (ou non) dans le récit proposé. La GMV ne peut pas seulement être racontée comme une lutte contre un ennemi écologique. Elle doit devenir un récit construit avec les territoires, les communautés et leurs propres manières de penser l’environnement. Au fond, la question centrale est peut-être celle-ci : qui a aujourd’hui le pouvoir de raconter l’avenir écologique de l’Afrique ? Référence: Site de la Grande Muraille Verte: https://www.grandemurailleverte.org, avril 2026

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Le jour où j’ai douté de mon rôle de communicante climatique

Il y a eu un moment précis, très clair dans ma mémoire,  au détour d’un échange avec un collègue, où j’ai douté. Douté de la portée de mes analyses. Douté, profondément, de mon rôle de communicante climatique. Je travaillais sur le changement climatique depuis plus de quinze ans. J’analysais les discours, je participais à des formations, j’écrivais, je transmettais. Les concepts étaient solides, les données alarmantes, les recommandations claires. Et pourtant, autour de moi, le monde semblait avancer à un autre rythme. Trop lent. Trop indifférent. Trop résistant au changement. Ce jour-là, j’ai ressenti une forme d’impuissance sourde. Celle qui apparaît lorsqu’on a l’impression de parler juste, mais de parler dans le vide. Avec le temps, j’ai compris que ce doute dépassait largement une expérience personnelle. Il révélait peut-être une limite plus profonde de la communication climatique contemporaine.  Celle d’un système de discours qui informe beaucoup, alerte constamment, mais peine parfois à produire une véritable prise sur le réel. Arythmie Le doute n’est pas venu d’un événement spectaculaire. Il est né d’une accumulation. Des rapports lus et relus, sans effets visibles. Des urgences répétées jusqu’à devenir familières. Un engagement personnel qui flanche. J’ai commencé alors à me demander si la communication climatique ne participait pas, parfois malgré elle, à une forme de fatigue collective. À force d’annoncer des catastrophes, de répéter l’urgence et de multiplier les alertes, certains discours finissent par produire l’effet inverse de celui recherché. Non plus mobiliser, mais saturer. Non plus provoquer l’action, mais banaliser l’inquiétude. Car lorsque l’urgence devient permanente, elle risque aussi de devenir abstraite. Je me suis alors demandée : à quoi bon expliquer, si rien ne change vraiment ? A quoi bon traduire la science, si elle reste sans prise sur les réalités vécues ? Ce doute n’était pas un rejet du climat comme cause. C’était un malaise plus profond : celui de sentir que le langage lui-même avait peut-être atteint certaines limites. J’ai compris à ce moment-là que la sensibilisation aux questions climatiques était aussi une question de temporalités. Il existe souvent un décalage entre le vécu quotidien des publics et des campagnes de communication soigneusement préparées. Les discours climatiques s’inscrivent dans des horizons longs, alors que beaucoup de populations vivent dans l’urgence du présent, au rythme des contraintes immédiates et des incertitudes quotidiennes. Transmettre autrement Face aux étudiants, aux jeunes chercheurs et aux acteurs de terrain, j’ai progressivement cessé de vouloir convaincre à tout prix. J’ai commencé à partager aussi mes hésitations, mes tensions et mes questions non résolues. Et quelque chose a changé. La transmission n’était plus uniquement descendante. Elle devenait davantage un espace d’échange, où les expériences, les désaccords et les réalités de chacun pouvaient circuler. Il ne s’agissait plus seulement de produire des réponses toutes faites, mais de réfléchir ensemble à des manières situées de penser et d’agir face aux enjeux climatiques. Cela ne supprimait pas les rapports de pouvoir, les contraintes institutionnelles ou les déséquilibres dans la circulation des paroles. Mais ces espaces de discussion permettaient au moins de réintroduire de l’écoute, de la nuance et de la réflexivité dans des débats souvent dominés par l’urgence. J’ai alors compris que transmettre ne signifiait pas accélérer mécaniquement le changement. Transmettre, c’est parfois simplement préparer les conditions pour qu’un changement devienne pensable. L’ouverture comme respiration C’est enfin dans la collaboration que j’ai retrouvé du souffle. Travailler avec d’autres communicants, chercheurs, artistes ou acteurs communautaires m’a permis de sortir d’une approche trop exclusivement experte de la communication climatique. Par exemple, dans le cadre de sorties pédagogiques, j’amène par exemple mes étudiants à assister à des pièces de théâtre qui abordent les enjeux climatiques. Après les représentations, les échanges avec les artistes ouvrent souvent des discussions riches et stimulantes. Ces moments me rappellent que les questions climatiques ne circulent pas uniquement à travers les rapports, les chiffres ou les campagnes institutionnelles, mais aussi à travers les émotions, les récits et les expériences sensibles. Douter fait partie du processus Aujourd’hui, je n’ai pas cessé de douter. Mais ce doute a changé de nature. Il n’est plus paralysant. Il est devenu une forme de vigilance éthique. Il m’oblige à questionner mes propres discours, à me méfier des slogans simplificateurs et à défendre une communication climatique plus attentive aux contextes, aux temporalités et aux réalités vécues. J’ai compris que mon rôle de communicante climatique n’était pas de promettre des transformations rapides, ni de produire toujours plus de messages. Il consiste peut-être davantage à tenir un espace de sens dans un monde saturé de bruit.

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Ce que mes étudiants m’enseignent sur la communication environnementale

Sortie pédagogique dans le cadre du cours « Communication et changement climatique », Langue de Barbarie (Saint-Louis, Sénégal), juillet 2025. Quand j’ai commencé à enseigner la communication et le développement durable, je pensais savoir ce que j’avais à transmettre : des concepts, des méthodes, des outils. Dix ans plus tard, je mesure à quel point mes étudiants m’ont transformée autant que je les ai formés. Entre 2015 et 2022, mon parcours en communication publique et développement durable attirait une quinzaine d’étudiants par an. Cette année, ils sont soixante-dix. Cette progression raconte quelque chose : la communication environnementale n’est plus perçue comme l’apanage des militants. C’est une compétence stratégique. Une génération arrive qui refuse la posture de spectateur. Pourtant, chaque rentrée me rappelle l’ampleur du chemin à parcourir. La plupart de mes étudiants ne savent pas définir le changement climatique, encore moins distinguer adaptation et atténuation. Ce n’est pas leur faute,  c’est le reflet d’un angle mort dans la formation des communicants. Quand le Typha devient une leçon de communication Lors d’un cours, j’abordais la prolifération du Typha, cette plante aquatique invasive qui colonise les zones humides du Sénégal depuis les années 1980. Je présentais les causes : construction du barrage de Diama, modification des écoulements d’eau, réchauffement des températures (données scientifiques à l’appui). Puis un étudiant de Richard-Toll a levé la main : « Madame, ce que vous dites est vrai. Quand j’étais plus jeune, ma sœur et moi nous baignions dans le fleuve. Aujourd’hui, ce n’est plus possible. Le Typha a tout envahi. » Silence dans la salle. En quelques mots, le Typha n’était plus une donnée abstraite mais une réalité familiale, sensorielle, politique. Cette séance m’a rappelé un principe que j’enseigne mais que j’oublie parfois : la communication climatique échoue quand elle reste dans l’abstraction. Elle réussit quand elle tisse un lien entre les données scientifiques et la mémoire vécue des territoires. De la salle de classe au micro : l’exemple d’Echo Climat Parmi mes étudiantes, Ndeye Fatou Sylla incarne cette transition du savoir à l’action. Elle a créé Echo Climat, un podcast consacré aux enjeux de communication autour du climat au Sénégal et en Afrique de l’Ouest. Elle n’a pas attendu son diplôme pour agir. Elle a identifié un vide  (l’absence de contenus audio accessibles qui expliquent comment parler du climat sans jargon ni catastrophisme) et elle l’a comblé. Elle a compris que la communication climatique ne se décrète pas depuis les capitales ou les conférences internationales. Elle se construit depuis les réseaux locaux, les conversations de quartier. Ndeye Fatou n’est pas une exception. Elle est le symptôme d’une génération qui sait que l’urgence climatique exige des récits neufs, ancrés dans les réalités africaines, loin des discours culpabilisants importés du Nord. Ce qu’ils m’apprennent vraiment À leur contact, j’ai redéfini ma mission. Mon rôle n’est plus seulement de transmettre des concepts — atténuation, adaptation, justice climatique, transition énergétique. C’est d’accompagner l’émergence de communicants qui refusent les narrations toutes faites. Ils m’ont appris trois choses. D’abord, que la communication climatique doit partir du terrain. Sortir de l’amphithéâtre pour visiter des zones affectées par l’érosion côtière à Saint-Louis n’est pas un bonus pédagogique, c’est une nécessité. Au parc national de la Langue de Barbarie, mes étudiants constatent de leurs propres yeux l’avancée de la mer. Voir transforme la compréhension. Ensuite, que l’espoir n’est pas un slogan mais une stratégie. Ils rejettent les discours apocalyptiques qui paralysent. Ils cherchent des récits de transformation, des exemples de résilience locale. Ils savent instinctivement ce que confirment les recherches : l’anxiété sans perspective d’action mène au désengagement. Enfin, que communiquer sur le climat, c’est questionner le pouvoir. Quand un étudiant interroge la multiplication des conférences internationales qui n’accouchent que de promesses, quand une étudiante décortique le greenwashing d’une multinationale présente au Sénégal, ils font de la communication climatique un acte de vigilance démocratique. Ma propre transformation Cette évolution ne concerne pas seulement mes étudiants. Elle m’affecte aussi. J’ai dû accepter que mon rôle n’est plus de détenir les réponses, mais de créer les conditions du questionnement. J’ai intégré davantage de formats participatifs : jeux de rôle simulant des médiations avec les populations locales, ateliers de création de messages pour différents publics, journées d’action en partenariat avec des associations. J’ai aussi renoncé à l’idée que l’enseignement universitaire devrait rester « neutre ». La communication climatique ne l’est pas. Elle engage des choix éthiques, politiques, narratifs. Former des étudiants à communiquer sur le climat, c’est les former à repérer les manipulations, à identifier les intérêts en jeu — et, inévitablement, à choisir leur position. En assumant cette posture, j’assume aussi la mienne. En assumant cette posture, j’assume aussi la mienne. La création de ClimacomAfrik s’inscrit dans cette logique : faire, moi aussi, ma part. Ce qu’ils m’enseignent, au fond La communication sur le climat ne peut plus être descendante, exportée, déconnectée. Elle doit être construite par celles et ceux qui vivent les transformations environnementales au quotidien. Des étudiants de Richard-Toll aux podcasteuses, une génération invente déjà ses propres codes, ses propres voix. Mon rôle n’est pas de leur apprendre à « bien communiquer ». C’est de leur donner les outils pour communiquer juste — pour refuser les récits imposés, pour bâtir des narrations qui honorent l’intelligence et la dignité de leurs communautés. Et pour cela, ils n’ont pas besoin de moi. Mais j’ai besoin d’eux.

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Mes déchets reflètent mes contradictions

Je refuse de déposer mes ordures dans des décharges sauvages. Il m’est arrivée pendant des années de faire quelques kilomètres dans Saint-Louis à la recherche de bennes à ordures. Aujourd’hui, la situation s’est améliorée car dans la zone où je vis, les poubelles ne sont pas très loin. Pourtant, quand j’observe mes déchets (sachets plastiques, sachets de thé, bouteilles  d’eau minérale vides, papiers déchirés, peaux de fruits, pots de yaourt, mouchoirs, etc.), la culpabilité me traverse parfois. Je ressens une tension qui balance entre mes convictions écologiques et mes habitudes de consommation.  Dans cet article, je souhaite évoquer cette dissonance intime qui me traverse et comment j’essaye de la surpasser. Point sur le phénomène des déchets à l’échelle mondiale Avant de parler plus précisément de mon vécu expérientiel, il faut se rappeler l’ampleur du phénomène. Selon le  dernier rapport « Global waste management outook 2024 » publié en 2024 par le programme des nations pour l’environnement (PNUE), la production mondiale de déchets municipaux (ordures domestiques) est estimée à 2,1 milliards de tonnes en 2024, et pourrait atteindre 3,8 milliards de tonnes en 2050 si rien ne change. Toujours, d’après ce document, en Afrique, le défi est particulièrement important : plus de 90 % des déchets produits sont déposés dans des décharges non contrôlées ou brûlés à l’air libre (des pratiques néfastes pour la santé et l’environnement). Au Sénégal, chaque année, plus de 250 000 tonnes de déchets plastiques sont produites sur le territoire, dont la moitié à Dakar seulement, selon la Banque mondiale (aps.sn, 24 juin 2025). Dans la capitale, la gestion des déchets solides demeure problématique : près de 70 % des déchets produits sont déposés dans des sites non autorisés ou abandonnés dans l’espace public (gfdrr.org, 2025). Le cœur de ce système informel est située à une vingtaine de kilomètres de Dakar  à Mbeubeuss. Le  site  a hérité de sobriquets peu flatteurs tels que « plus grande décharge à ciel ouvert d’Afrique de l’Ouest » ou encore « bombe écologique ». Mbeubeuss accueille, quotidiennement et depuis plus de 50 ans, près de 3 000 tonnes de déchets par jour (vivafrik.com, 09 octobre 2023). Mais Mbeubeuss est aujourd’hui à un tournant historique. En effet, dans le cadre du Projet de Promotion de la Gestion Intégrée et de l’Économie des Déchets Solides (PROMOGED), soutenu par la Banque mondiale, l’État sénégalais a engagé un vaste chantier de réhabilitation et de transformation du site en centre de valorisation environnementale. L’objectif est de fermer progressivement la décharge à ciel ouvert, de capter le biogaz pour produire de l’énergie et de créer une chaîne de recyclage plus sûre et plus durable (site promoged, 2025). En attendant, la situation actuelle contextualise la dissonance que je ressens dans mon rapport aux déchets. Je me rends compte, (et nous pouvons tous le constater) que la gestion des déchets est très problématique. C’est un euphémisme. Il suffit de se promener dans certains quartiers encore peu habités. On y voit des terrains privés transformés en décharges sauvages improvisées. Il semble  évident que les infrastructures et les politiques publiques ne s’articulent pas toujours avec les pratiques réelles. Je ne juge pas. Ce serait trop facile. Dans bien des cas, certaines zones ne bénéficient pas de système de ramassages d’ordures, les riverains confient alors leurs ordures aux talibés en  fermant les yeux sur les endroits où ils finiront. Du moment où ils sont débarrassés, tout va bien. Dans ces cas de figures, la volonté de réduire ses déchets se heurte à un système fragile car défaillant.   Ma dissonance écologique : quand « ce que je promeus » se heurte à « ce que je fais » Pour en revenir à moi, quand je jette des déchets plastiques dans ma poubelle ordinaire, je suis consciente de polluer. Je suis sensible aux impacts négatifs des déchets plastiques sur la Planète. J’ai lu de nombreux rapports, j’ai regardé des documentaires sur le sujet. Je sais. Pourtant, quand j’achète le pack de 6 bouteilles d’eau minérale, je me retrouve avec une collection de bouteilles une fois qu’elles sont vidées. Je me dis alors que la prochaine fois, je prendrai la grande bonbonne de 10 litres, mais je me retrouve dans la même situation. Je déclare que je suis contre le plastique, mais je finis parfois par accepter un sac parce que j’ai des courses urgentes ou parce que je suis pressée. Je sais que jeter la nourriture est un drame écologique, mais il m’arrive de laisser des restes de plats dans le frigo ou de ne pas planifier mes repas. Je rationnalise beaucoup dans ces situations, je me répète tel un mantra de bonne volonté que « Je serai plus vigilante la prochaine fois». Le problème, c’est que cette phrase devient une habitude. Chaque geste pris séparément peut sembler anecdotique, mais cumulés, ils pèsent. Et chaque rationalisation m’éloigne de l’idéal auquel j’aspire. Mon comportement est dissonant. Le concept de dissonance cognitive est un concept de la psychologie sociale qui traduit ce malaise intérieur : il désigne ce conflit psychologique qui survient lorsqu’on tient simultanément des croyances (par exemple « il faut réduire les déchets ») et des actions contraires (« acheter des objets jetables, générer des déchets »). La dissonance cognitive, c’est quand nos actions contredisent nos convictions. Dépasser ma dissonance Je refuse de laisser cette tension me guider. J’en suis consciente et je veux m’améliorer. Je ne vise pas la perfection mais plus une amélioration continue. Pour réduire les bouteilles en plastiques, je me suis achetée une gourde réutilisable, c’est un début. Je compte prendre un abonnement dans une société spécialisée dans le tri des déchets dans ma ville. C’est un premier pas. Je saurai où vont mes déchets. Je favorise de plus en plus l’économie circulaire (par exemple acheter d’occasion plutôt que neuf) pour réduire mes déchets. Au-delà de mes efforts personnels, je prône une meilleure implication des pouvoirs publics dans la gestion des déchets. Les initiatives citoyennes sont à saluer. Mais il faut informer, sensibiliser, communiquer auprès des populations pour obtenir un changement. Surtout, il faut accompagner avec des infrastructures adéquates

couche ozone
Récits climatiques

Ce n’est pas la couche d’ozone qu’il faut combattre mais l’ignorance

Ce mardi 16 septembre marque la Journée mondiale de la couche d’ozone. En parcourant la presse, je suis tombée sur une interview qui m’a interpellée. La personne interrogée, membre d’un ministère pourtant central dans les questions écologiques, affirmait qu’il fallait «lutter contre la couche d’ozone ». J’ai sursauté. Cette phrase, en apparence anodine, traduit en réalité un malaise plus profond : celui d’une parole publique qui s’exprime souvent sans maîtrise des enjeux. Ce lapsus écologique illustre un problème plus large : nos pratiques de communication gouvernementale sur le climat manquent de précision, parfois même de compréhension. La couche d’ozone, une victoire de la coopération internationale Contrairement à ce qu’on entend  et qu’on peut lire parfois, la couche d’ozone n’est pas notre enenemi. Elle protèdge la Terre des rayons ultraviolets nocifs. Dans les années 1980, sa dégradation avait suscité une inquiétude mondiale. La cause identifié était les chlorofluorocarbones (CFC) des réfrigérateurs ou des aérosols présents en grande quantité dans l’atmosphère. Face à cette menance, la communauté internationale a réagi. C’est ainsi qu’en 1987, les Nations Unies ont adopté le Protocole de Montréal, un accord historique visant à éliminer les substances qui détruisent la couche d’ozone. Depuis cette décision historique et grâce à la mobilisation de la communauté internationale, le trou de la couche d’ozone se résorbe.  C’est un traite souvent cité comme le plus efficace de l’histoire environnementale. « Selon un bulletin de l’Organisation météorologique mondiale (OMM), le trou dans la couche d’ozone au-dessus de l’Antarctique était plus petit en 2024 que ces dernières années et il est appelé à disparaître dans les prochaines décennies. La couche d’ozone stratosphérique devrait ainsi retrouver ses valeurs des années 1980 « d’ici au milieu de ce siècle », précise l’organisation, qui loue « une nouvelle scientifique encourageante pour la santé des populations et de la planète ». (wwfdrc.org, 16 septembre 2025). C’est pourquoi chaque 16 septembre, la Journée mondiale de la protection de la couche d’ozone célèbre un succès planétaire, et rappelle qu’il est possible de mener une action collective coordonnée à l’échelle mondiale. Le malaise médiatique : quand parler d’écologie devient approximatif Pour en revenir à mon anecdote. Lire qu’il faudrait « lutter contre la couche d’ozone » m’a rappelé à quel point les mots comptent. Cette erreur n’est pas seulement langagière: elle trahit un déficit de compréhension scientifique. Et, plus grave encore, elle brouille le message public. Quand des personnalités médiatisées s’expriment sans maîtrise du sujet, elles sèment la confusion. Elles détournent l’attention du vrai problème (la lutte contre les gaz à effet de serre) et entretiennent la méfiance envers la parole écologique. Dans un monde d’infobésité, c’est-à-dire saturer par  d’informations, chaque imprécision fragilise la confiance. La communication climatique ne doit pas être improvisée. Les manquements de communication gouvernementale sur le climat Je pense que la crise du climat est aussi une crise de la parole. En Afrique, notamment, on confie trop souvent les micros à des voix non formées, ou mal informées. On pense que « communiquer sur le climat » se résume à répéter ce qu’on a lu, dire des chiffres sans les comprendre.  Alors que sensibiliser sans comprendre, c’est fabriquer du bruit, pas de la conscience. La communication climatique exige une double compétence : comprendre les enjeux scientifiques et savoir les traduire sans les trahir. Ce travail demande de la rigueur, de l’humilité et une véritable responsabilité éthique. Nos autorités, nos médias et nos institutions doivent donc être plus regardants sur les profils habilités à parler du climat. Ce n’est pas un sujet d’opinion, mais de connaissance. Parler juste, c’est déjà agir Pour terminer, je dirai que ce n’est pas à la couche d’ozone qu’il faut « déclarer la guerre », mais à l’ignorance et à la désinformation. Car une parole mal informée peut défaire en quelques phrases ce que des décennies de science ont construit. Chaque 16 septembre, en célébrant la Journée mondiale de la couche d’ozone, souvenons-nous que parler du climat, c’est déjà agir. À condition de le faire avec précision, respect et lucidité. Références Programme des Nations Unies pour l’Environnement (UNEP). (2024). « La couche d’ozone est en bonne voie et et permettra d’éviter 0,5 °C de réchauffement planétaire ».  Consulté le 16/09/2025 à  https://www.unep.org/fr/actualites-et-recits/communique-de-presse/la-reconstitution-de-la-couche-dozone-est-en-bonne-voie Nations Unies. (2023). Journée mondiale de la protection de la couche d’ozone — 16 septembre. Consulté le 16/09/2025 àhttps://www.un.org/fr/observances/ozone-day Source image article: Couche d’ozone, Shutterstock, 16/09/2025.

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