La communication sur le climat en Afrique souffre d’un décalage profond. Pour mobiliser réellement, nous devons cesser de considérer les récits climatiques dominants comme universels. Il s’agit de commencer à écouter davantage les réalités vécues, les expériences locales et les langages ordinaires.
La communication sur le changement climatique semble aujourd’hui omniprésente. Rapports internationaux, campagnes de sensibilisation, discours institutionnels, images de catastrophes, mots d’ordre répétés à l’infini : « urgence », « transition », « résilience ».
Pourtant, malgré cette multiplication de messages, un malaise persiste. Beaucoup de publics africains ne s’y reconnaissent pas pleinement, ne s’y engagent pas réellement. Ou encore ils ressentent une forme de distance, parfois même de fatigue. Cette fracture ne relève pas uniquement d’un problème de pédagogie. Elle est aussi politique, culturelle et historique. Elle interroge la manière même dont le climat est raconté, nommé et mis en scène.
La question n’est donc pas seulement de produire davantage de messages climatiques. Elle consiste aussi à comprendre dans quelles conditions ces discours deviennent audibles, appropriables et légitimes pour les publics auxquels ils s’adressent.
Repenser la communication climatique en Afrique, c’est d’abord prendre acte de ce décalage. Mais par où commencer concrètement ?
1. Reconnaître que la communication climatique n’est pas neutre
La première étape consiste à reconnaître que la communication climatique dominante reste largement structurée par des cadres de pensée, des catégories et des priorités élaborés principalement dans les pays du Nord. J’en parlais lors de ma conférence lors du webinaire « L’Afrique face aux crises et à la durabilité : comment communiquer » organisé par l’Académie des Controverses et de la Communication sensible (ACCS) (https://academie-ccs.uqam.ca/). Les récits globaux sur le climat sont souvent façonnés par des institutions internationales, des organisations de développement ou des centres de recherche. Ces derniers imposent leurs normes, leurs temporalités et leurs manières de définir les problèmes environnementaux.
Repenser la communication climatique ne signifie pas rejeter toute expertise internationale. Il s’agit plutôt de questionner l’idée selon laquelle un même récit pourrait être valable partout, indépendamment des contextes sociaux, culturels et historiques.
Accepter cela, c’est reconnaître que parler du climat à Dakar, à Saint-Louis, à Ouagadougou ou à Antananarivo ne peut pas se faire avec les mêmes mots, les mêmes images et les mêmes priorités qu’à Bruxelles ou à New York.
Tant que cette asymétrie narrative n’est pas reconnue, les stratégies de communication risquent de produire de la distance plutôt que de l’adhésion.
2. Interroger les mots que l’on utilise
Le langage est au cœur du problème. Des termes comme « résilience », « adaptation », «transition » ou encore « solutions fondées sur la nature » circulent abondamment dans les discours climatiques contemporains. Ces mots donnent souvent l’impression d’un consensus. Pourtant, ils peuvent aussi masquer des rapports de pouvoir et produire un décalage avec les réalités vécues.
Dans certains contextes africains, ces termes peuvent être perçus :
- comme des injonctions à s’adapter à une crise dont les populations ne sont pas les principales responsables ;
- comme une manière de déplacer la question de la justice climatique vers celle de l’effort individuel ou communautaire.
Repenser la communication climatique suppose donc un travail critique sur le vocabulaire utilisé. Il ne s’agit pas seulement de traduire les messages en langues locales. Il faut également se demander si les concepts eux-mêmes font sens dans les expériences quotidiennes des populations concernées.
3. Écouter les langages ordinaires
Repenser la communication climatique implique aussi de partir des manières locales de nommer et de raconter les transformations environnementales. Quels mots les communautés utilisent-elles pour parler de la sécheresse, de la perte des terres ou de l’instabilité des saisons? Quels récits circulent déjà dans les espaces ordinaires, mais restent peu visibles dans les discours institutionnels ?
Commencer par écouter ces langages ordinaires constitue une étape essentielle. Car une communication climatique située ne peut pas être construite uniquement à partir de catégories importées ou de discours standardisés. La transition climatique en Afrique ne pourra difficilement se faire sans une réflexion sur les récits qui l’accompagnent. Repenser la communication climatique ne consiste pas uniquement à changer les contenus. Cela implique aussi d’interroger les conditions mêmes de production de la parole climatique : qui parle, dans quelle langue, depuis quels territoires et au nom de quelles expériences vécues.
