Contrer les fakes news sur le climat, un défi communicationnel

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Selon la Brookings Institution (2016), l’Afrique contribue à hauteur de 3,8% des émissions mondiales de gaz à effet de serre, et pourtant le continent subit de plein fouet les conséquences du changement climatique. Inondations, sécheresses, pertes agricoles et déplacements de populations sont désormais récurrents. Pourtant, des fausses informations (fake news) sur le climat se répandent à grande vitesse, fragilisant les efforts de sensibilisation, de mobilisation et de plaidoyer.

Qu’est ce qu’une fake news? Quels sont les enjeux des fake news sur le climat en Afrique? Quels sont les outils de prévention disponibles? Je vais  essayer de répondre à ces questions dans les paragraphes qui suivent.

Définitions

Une “fake news” est un terme anglophone que l’on peut traduire par “fausse information” ou “mésinformation”. “La mésinformation climatique fait référence à la diffusion, généralement sans intention malveillante, d’informations inexactes ou fausses au sujet du changement climatique et de l’action climatique” (site du PNUD, 2025). La désinformation consiste, quant à elle, à diffuser une fausse information dans le but intentionnel de nuire. “La désinformation climatique est intentionnellement fausse et inventée pour induire le public en erreur au sujet du changement climatique et de l’action climatique, à des fins politiques, financières ou idéologiques.” (site du PNUD, 2025). Une désinformation est donc une fake news. Cependant, toute fake news n’est pas une désinformation. En effet, par imprudence, un individu peut relayer une fausse information.

Les fakes news climatiques, un enjeu sous-estimé en Afrique

D’après le dernier rapport Facts and Figures 2023 de l’Union internationale des télécommunications (UIT), 37 % de la population africaine utilisaient Internet en 2023. Bien que ce chiffre soit inférieur à la moyenne mondiale qui tourne autour de 60%, le rapport révèle une progression régulière de la connectivité sur le continent au cours des dix dernières années. Avec l’essor des réseaux sociaux et de l’Internet mobile, les fake news circulent plus vite que jamais. La propagation de fake news peut toucher des populations isolées ou mal informées. Dans un article publié en 2023, le journaliste de la BBC, Marco Silva, a relayé les 5 fausses informations les plus courantes sur la toile. L’Afrique n’échappe pas à la tendance, notamment sur les quatre points sur cinq évoqués.

  1. Le changement climatique n’est pas réél: des vidéos circulent en mettant en avant des théories négationnistes traduites en plusieurs langues et cumulants des milliers de vue. Fait réel: le changement climatique est une réalité, depuis des décennies, les scientifiques ont prouvé l’origine anthropique du réchauffement et ses impacts sur nos modes de vie.
  2. Les changements climatiques actuels sont naturels: des confusions sont souvent faites entre le climat et la météo. Des graphiques complexes partagés pour démontrer que le réchauffement climatique que nous vivons est un phénomène rien de plus banal. Fait réel: les scientifiques excluent dans leurs études les facteurs naturels de modifications du climat comme les tours d’orbites de la Terre autour du Soleil ou encore les éruptions volcaniques.
  3. Le changement climatique n’est pas le problème de l’Afrique: c’est une critique récurrente qui tend à considérer la question du changement climatique comme un problème “occidental” bien loin de nos préoccupations des populations africaines. Une posture renforcé par la théorie du complot qui veut que ce sont les pays du Nord qui ont inventé la problématique pour empêcher les pays du Sud de se développer. Fait réel: je l’ai souligné en introduction, malgré sa faible contribution au émissions de gaz à effet de serre, l’Afrique subit le changement climatique. Les conséquences sont là.
  4. Les niveaux des mers n’augmentent pas: des images retouchées sont censés prouver cette assertion. Fait réel: l’agence spatiale américaine (NASA) a démontré qu’au fur et à mesure que la température augmente, l’eau se dilate. Les océans ont déjà absorbé 90 % de la chaleur générée par le réchauffement climatique. Cette accumulation de chaleur entraîne une expansion des océans.


Pourquoi les fake news climatiques circulent-elles aisément?

En Afrique francophone, peu de mécanismes sont en place pour vérifier systématiquement les contenus viraux en lien avec les enjeux écologiques. En outre, si la fracture numérique rend compliquée la mise en place de systèmes de vérification fiables, il faut reconnaître que “Les complexités politiques des sociétés africaines et les particularités de leurs espaces civiques influencent toutes les manières dont la (dés)information est produite, distribuée et perçue. Les hiérarchies sociales et la répartition de l’autorité verbale dans les sociétés africaines jouent un rôle important dans la manière dont l’information se propage” ( Soto-Mayor, Mare et Onanina, 2023). Par ailleurs, d’après une étude du Centre d’Etudes stratégiques de l’Afrique (2024), les campagnes de désinformation visant à manipuler les systèmes d’information africains ont presque quadruplé depuis 2022. L’Afrique est un terrain fertile à la désinformation. Le rapport documente 189 campagnes de désinformation tout en précisant que ce chiffre est certainement sous-estimé, compte tenu de la nature opaque de la désinformation.La désinformation prospère sur certains terrains  : faible accès aux informations fiables sur le changement climatique, méfiance envers les discours venus de l’Occident, parfois perçus comme moralisateurs ; faible régulation des contenus numériques, notamment sur WhatsApp, principal canal d’information dans plusieurs pays. Ainsi, la lutte contre les fake news sur le climat est un défi communicationnel en Afrique. Il devient essentiel de développer une communication responsable afin de renforcer la crédibilité des messages et favoriser une appropriation locale des enjeux écologiques.

Des solutions pour faire face au phénomène

La lutte contre les fake news climatiques appelle une solidarité mondiale qui implique un large éventail d’acteurs dont des gouvernements, des universités, des groupes de réflexion, des groupes médiatiques, la société civile (site du PNUD, 2025). Toutefois, chacun à notre niveau, nous pouvons agir pour freiner ce fléau en respectant une série d’étapes:

  1. commençons toujours par évaluer la crédibilité de la source: s’agit-il d’une recherche scientifique validée par des experts, d’un média reconnu pour son sérieux, ou simplement d’un site web sans crédibilité académique? Pour les informations scientifiques en particulier, n’hésitez pas à consulter les bases de données universitaires et les publications scientifiques ayant fait l’objet d’une évaluation par les pairs pour vérifier leur exactitude
  2. vérifions les informations: sont-elles disponibles auprès de plusieurs sources ? Et les faits sont-ils confirmés par les vérificateurs de faits ?
  3. consultons des spécialistes: il ne faut pas hésiter d’entrer en contact avec des scientifiques et des spécialistes du sujet qui puissent corroborer les informations.
  4. surtout, participons à la circulation de la vérité: une fois que vous avez identifié que l’information était une fake news, faites circuler le message auprès de votre réseau. 

Pour aider dans cette entreprise, il existe heureusement, plusieurs dispositifs de vérifications des faits ou factchecking:

  • Africa Check (Sénégal, Nigéria, Afrique du Sud, Kenya) : pionnière du fact-checking indépendant en Afrique. D’ailleurs, une vidéo de sensibilisation est disponible sur tik tok, un des réseaux sociaux prisés par les jeunes africains, pour évoquer la nécessiter de pratiquer du fact checking face à certaines allégations sur le climat.
  • Dubawa pour l’Afrique de l’Ouest anglophone ou encore PesaCheck pour l’Afrique de l’Est).

A côté de ces plateformes, il existe aussi des outils numériques gratuits de vérification.

  • Recherche d’images inversées (Clarity check, Google Images, TinEye) pour détecter les détournements visuels.
  • InVID, un outil open source qui permet d’analyser des vidéos suspectes.
  • Carbon Brief ou Climate Feedback, qui proposent des explications claires sur les controverses climatiques.

Dans la lutte contre les fake news climatiques, l’Afrique ne manque pas d’acteurs. Ce qui manque encore, c’est une stratégie coordonnée. La communication se doit, dans ce contexte, d’être responsable afin de tendre vers une transition écologique.

Références

Guillaume Soto-Mayor, Admire Mare, Valdez Onanina (26 octobre 2023). Comprendre la désinformation en Afrique. https://legrandcontinent.eu/fr/2023/10/26/comprendre-la-desinformation-en-afrique/, consulté le 27 juillet 2035

Centre d’études stratégiques de l’Afrique (01 avril 2024); “Cartographie de la vague de désinformation en Afrique” https://africacenter.org/fr/spotlight/cartographie-de-la-vague-de-desinformation-en-afrique/, consulté le 03 août 2025.

Organisation des Nations unies (Rapport Measuring Digital Development – Facts and Figures 2023 https://www.itu.int/hub/publication/d-ind-ict_mdd-2023-1/, consulté le 27 juillet 2025

Organisation des Nations unies (01 mai 2025), “Qu’est-ce que la mésinformation et la désinformation climatiques, et comment pouvons-nous y remédier ?” https://climatepromise.undp.org/fr/news-and-stories/mesinformation-desinformation-climatiques-et-comment-y-remediers, consulté le 25 juillet 2025.

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