Le constat à faire est simple aujourd’hui : nous faisons face à un déficit de mobilisation favorable aux questions d’environnement. Que ce soit à l’échelle locale ou nationale, les alertes concernant l’extinction d’espèces animales ou végétales ou la détérioration des écosystèmes ne semblent pas susciter les réactions attendues chez les publics. Cette situation s’explique en partie par la complexité inhérente aux questions environnementales. De fait, la protection de l’environnement renvoie tantôt aux bouleversements qui affectent l’intégrité de lieux singuliers (protection des réserves et parc nationaux comme Djoudj[1]) ; tantôt cherchent à défendre des espèces animales et végétales données (replantation de Mangrove en Casamance[2]) ; ou bien encore à prévenir des risques associés à des pratiques (pollution marine, pollution atmosphérique, dégradation du littoral). Cette diversité des enjeux rend difficile l’application d’une approche unique. Chaque composante de l’environnement présente ses propres caractéristiques et nécessite des solutions adaptées. Nos liens avec ces différents aspects de l’environnement se révèlent souvent lors de crises – qu’il s’agisse de tempêtes, de sécheresses ou d’inondations – qui mettent en lumière notre dépendance aux écosystèmes.
Face à ces défis, les Sciences de l’Information et de la Communication (notre discipline d’affiliation) se sont emparées de la question environnementale depuis les années 1990 (Kane, 2016). Cette appropriation a donné naissance à un nouveau champ d’étude : la communication environnementale. Ce domaine, défini par Kane comme « le domaine de recherche des sciences de la communication qui s’intéresse à l’environnement», s’attache à répondre aux questions suivantes: comment communiquer sur la crise environnementale ? comment encourager la prise de conscience des sociétés sur les origines et les impacts du réchauffement climatique ? comment amener les sociétés à revoir leur relation à l’environnement ? (Ba, 2016). Des recherches qui se révèlent prolifiques en Afrique et ailleurs dans le monde et témoignant de l’actualité des enjeux écologiques.
Au-delà, toutes ces études convergent vers la difficulté d’inciter les populations à un changement de vie durable face à la crise environnementale. De même qu’elles soulignent la place centrale de la communication dans ce dessein. Il est devenu vital de savoir bien communiquer pour sensibiliser et éduquer sur les pratiques favorables à la préservation de l’environnement. La communication est un levier efficace pour connecter l’Homme et son environnement parce qu’elle met en scène des responsabilités, désigne des victimes et des modes de réparation. Du reste, il est utile de préciser que la mobilisation environnementale s’effectue toujours dans un terreau culturel singulier qui impacte fortement sur l’efficacité des actions de communication (Ndiaye, 2021). A partir de là, parler de la problématique environnementale sous cet angle, nous amène à traiter de la question anthropologique de la nature. Les travaux de Sakho (2015) sont très utiles à convoquer pour avancer dans l’analyse.
Nous voyons donc que les problématiques environnementales sont complexes, de là pour mobiliser les publics autour des questions écologiques, il est nécessaire de miser sur des pratiques de communication originales en prenant en compte les singularités socio-culturelles.
Références
BA, Mahi Alpha (2017). Communication et développement durable : étude sur la décharge de
Mbeubeuss [Mémoire de master, Université Gaston Berger].
KANE, Oumar, 2016, Communication environnementale : enjeux, acteurs et stratégies, L’Harmattan.
NDIAYE, Marième Pollèle, 2021, « Questionner l’objet « Eau » en sciences de l’information et de la communication : un défi épistémologique ? », Revue Africaine de communication (RAC), N°4.
SAKHO, Cheikh Sadibou, 2015, Ethique animique et usages de la nature : ontologies et pratiques niominka dans le Delta du Saloum au Sénégal, Codesria.
