L’Afrique en quête de justice climatique à la COP 30

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L’Amazonie miroir de l’Afrique

Depuis ce lundi 10 novembre et jusqu’au 21 novembre 2025, Belém, au cœur de l’Amazonie brésilienne, accueillera la 30ème Conférence des Parties (COP 30) à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques. Pour la première fois, cette rencontre mondiale se déroulera au sein de la plus grande forêt tropicale du monde, symbole de la résistance écologique et de la fragilité planétaire. Cette édition marque aussi un tournant : la mise en œuvre des nouveaux engagements nationaux issus du Bilan mondial de la COP 28. Les États devront présenter des objectifs climatiques renforcés à l’horizon 2035, lesquels sont alignés sur la trajectoire des 1,5 °C. Belém sera ainsi le théâtre d’un moment de vérité pour la planète, mais aussi pour l’Afrique. 

Belém, comme l’Afrique, porte les contradictions du monde climatique : richesse écologique, pauvreté structurelle, dépendance économique, vulnérabilité face aux catastrophes. Si la forêt amazonienne est souvent décrite comme le premier « poumon de la Terre », le bassin du Congo, deuxième massif forestier tropical du monde, joue lui aussi un rôle vital dans la régulation du climat mondial. Pourtant, l’Afrique ne reçoit qu’entre 3  à 4% des financements mondiaux pour le climat, alors qu’elle subit près de 40 % des pertes et dommages liés au dérèglement (site de la Banque africaine de développement, 2025). La COP 30, en Amazonie, résonne alors comme un miroir symbolique : une forêt contre une autre, deux continents du Sud global unis par la même histoire de résistance et d’espoir.

Les voix africaines dans le récit climatique mondial

Les COP s’ouvrent toujours par des promesses : « limiter le réchauffement à 1,5 °C », «  tendre vers zéro émission nette », «  promouvoir une transition écologique plus juste ». Cette trentième édition n’échappe pas à la tendance. Mais pour les pays africains, chaque chapitre est marqué par une tension entre promesses et dettes. Endettés, dépendants de l’aide internationale, beaucoup se retrouvent piégés dans une double contrainte : financer leur développement tout en réduisant leurs émissions. Les délégations africaines espèrent que Belém sera la COP du financement concret : la mise en œuvre effective du « Fond pour les pertes et dommages » (Loss and Damage Fund). Ce mécanisme financier international a été mis en place pour aider les pays les plus vulnérables à faire face aux impacts du changement climatique (inondations, désertifications, montée du niveau de la mer, etc.). Dans le récit climatique mondiale, les rôles sont souvent distribués à l’avance :

  • les pays du Nord tiennent le rôle des « narrateurs » dominants. Cela signifie que ce sont eux qui écrivent le récit climatique mondial : ils fixent le vocabulaire, les priorités et les cadres des négociations. En d’autres termes, ils parlent au nom du monde, même quand les décisions concernent surtout les pays du Sud.
  • les grandes puissances émergentes jouent les équilibristes. Les pays comme la Chine, l’Inde, le Brésil ou l’Afrique du Sud cherchent un équilibre. D’un côté, ils veulent montrer qu’ils agissent pour le climat, et de l’autre, ils continuent à dépendre fortement des énergies fossiles et de la croissance industrielle
  • les pays africains  en voie développement apparaissent trop souvent comme « figurants de la vulnérabilité ». Autrement dit, on parle beaucoup de l’Afrique, mais on l’écoute peu. Le continent est souvent présenté comme la principale victime du changement climatique, sans qu’on lui reconnaisse un vrai pouvoir d’action ou de décision. L’Afrique apparaît dans les discours comme un symbole de souffrance (sécheresses, inondations, pauvreté), plutôt que comme un acteur stratégique capable de proposer des solutions.

Pourtant, à Belém, l’Afrique veut réécrire sa partition. Des coalitions comme le Groupe africain de négociateurs ou l’initiative Africa Green Industrialization cherchent à déplacer le centre du récit : parler non plus de victimes, mais de bâtisseurs. Le continent plaide pour une industrialisation verte, fondée sur ses ressources (solaire, éolien, hydrogène vert, minerais stratégiques), mais aussi sur ses savoirs endogènes et ses innovations sociales.

Lire la COP depuis l’Afrique : un récit à réinventer

À chaque COP, les mots comptent autant que les actes. Le vocabulaire diplomatique :  « transition juste »,  « équité », « neutralité carbone », « justice climatique »  sert parfois à diluer les responsabilités. L’Afrique, elle, réclame un langage de la réalité :

  • celui qui parle des villages inondés du Mozambique,
  • des paysans sahéliens qui adaptent leurs semences,
  • des femmes qui inventent des micro-solutions énergétiques dans les zones rurales.

Derrière les formules, le continent demande que la justice climatique cesse d’être un slogan pour devenir une obligation politique.

Et si l’Afrique ne se contentait plus d’être » figurant » à la COP? Cela suppose :

  1. De déplacer la narration : faire entendre les expériences africaines non comme annexes, mais comme sources d’innovation climatique.
  2. De construire des alliances Sud–Sud : entre l’Afrique, l’Amérique latine et l’Asie, pour peser face aux blocs du Nord.
  3. De transformer les pavillons africains en laboratoires d’idées, pas seulement en vitrines institutionnelles.
  4. De rendre visible le local : montrer comment chaque pays, chaque communauté, transforme déjà le quotidien – du biogaz béninois aux énergies solaires sénégalaises.

La COP 30 pourrait être un chapitre charnière du roman climatique mondial. Si Belém symbolise la forêt-monde, l’Afrique incarne désormais la jeunesse-monde, celle qui refuse le statu quo et exige un contrat moral entre justice, savoir et survie. Reste à savoir si ce roman collectif se terminera par un nouveau report, ou par un changement d’auteur.
Car l’Afrique n’attend plus qu’on parle d’elle : elle veut parler depuis elle-même, écrire ses propres trajectoires énergétiques, économiques et climatiques. Et peut-être, à Belém, c’est ce nouveau langage que le monde devra enfin apprendre à lire.

Références

Clim-dev africa. Support to the african group of  negociators (AGN).  https://www.climdev-africa.org/agn?utm_source, consulté le 10 novembre 2025.

Banque africaine de développement. Focus on Africa. https://www.afdb.org/en/cop29/focus-africa?utm, consulté le 10 novembre 2025. 

United nations Climate change. https://unfccc.int/fr/cop30, consulté le 10 novembre 2025.

Africa Green Industrialization. https://greenindustrialization.africa/about-agii/?utm, consulté le 10 novembre 2025. 

Crédits photos: ©Ludmïa Lewis

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