Communications

Le but ici est de décrypter les stratégies de communication environnementale : campagnes, institutions, marques, politiques publiques.

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Communications, Résonances vertes

Ce que mes étudiants m’enseignent sur la communication environnementale

Sortie pédagogique dans le cadre du cours « Communication et changement climatique », Langue de Barbarie (Saint-Louis, Sénégal), juillet 2025. Chaque année, lorsque je commence mes cours sur la communication et le développement durable, je crois savoir à quoi m’attendre. Pendant longtemps, le parcours Communication publique, territoriale et développement durable (l’un des trois parcours du département Communication dans lequel j’interviens) peinait à attirer les étudiants. Entre 2015 et 2022, je comptais entre 10 et 20 inscrits par promotion. Puis quelque chose a changé. Depuis trois ans, l’intérêt progresse de manière exponentielle. En 2024-2025, j’ai accueilli 60 étudiants dans le cadre de mes enseignements de spécialité, soit le triple des années précédentes. Cette croissance n’est pas anodine : elle traduit une prise de conscience générationnelle.  La communication environnementale n’est plus perçue, par les jeunes communicants, comme l’apanage des écologistes, mais comme une compétence stratégique dans le domaine de la communication. Pourtant, quand je débute mes enseignements, la plupart ne savent pas définir le développement durable, encore moins le changement climatique. Quelques mois plus tard, certains ont créé des podcasts, d’autres s’engagent dans des associations écocitoyennes. Entre-temps, quelque chose s’est produit : ils ont compris que la communication climatique n’est pas un exercice technique, mais un acte politique ancré dans le réel. Quand le Typha devient une leçon de communication Lors d’un cours, j’abordais la prolifération du Typha, cette plante aquatique invasive qui colonise les zones humides depuis les années 1980. Je présentais les causes : construction du barrage de Diama, modification des écoulements d’eau, réchauffement des températures, accompagnées de quelques données scientifiques. Puis un étudiant de Richard-Toll a levé la main : « Madame, ce que vous dites est vrai. Quand j’étais plus jeune, ma sœur et moi nous nous baignions dans le fleuve. Aujourd’hui, ce n’est plus possible. Le Typha a tout envahi. » Silence dans la salle. En quelques minutes, le Typha n’était plus une donnée abstraite mais une réalité familiale, sensorielle, politique. Cette séance m’a rappelé un principe que j’enseigne mais que j’oublie parfois : la communication climatique échoue quand elle reste dans l’abstraction. Elle réussit quand elle tisse un lien entre les données scientifiques et la mémoire vécue des territoires. De la salle de classe au micro : l’exemple d’Echo Climat Parmi mes étudiantes, Ndeye Fatou Sylla incarne cette transition du savoir à l’action. Militante engagée, elle a créé Echo Climat, un podcast consacré aux enjeux de communication autour du climat au Sénégal et en Afrique de l’Ouest. Ce qui me frappe dans sa démarche, c’est qu’elle n’a pas attendu d’avoir son diplôme de Master en Communication publique, territoriale et développement durable pour agir. Elle a identifié un vide : l’absence de contenus audio accessibles qui expliquent comment parler du climat sans jargon ni catastrophisme. Elle a compris que la communication climatique ne se décrète pas depuis les capitales ou les conférences internationales. Elle se construit depuis les réseaux sociaux locaux, les conversations de quartier. Ndeye Fatou n’est pas une exception. Elle est le symptôme d’une génération qui refuse la posture de spectateur. Une génération qui sait que l’urgence climatique exige des récits neufs, ancrés dans les réalités africaines, loin des discours culpabilisants importés du Nord. Ce qu’ils m’apprennent vraiment À leur contact, j’ai redéfini ma mission d’enseignante. Mon rôle n’est pas seulement de transmettre des concepts comme « atténuation », « adaptation », « justice climatique », « développement durable » ou « transition énergétique ». C’est d’accompagner l’émergence de communicants qui refusent les narrations toutes faites. Ils m’ont appris trois choses : La communication climatique doit partir du terrain, pas des bureaux Sortir de l’amphithéâtre pour visiter des zones affectées par l’érosion côtière à Saint-Louis n’est pas un bonus pédagogique. C’est une nécessité. Je propose des visites de sites comme une promenade au parc national de la Langue de Barbarie, où les étudiants constatent de leurs propres yeux l’avancée de la mer et le recul du trait de côte. Voir transforme la compréhension. Mesurer soi-même l’érosion côtière, écouter un éco-garde raconter la disparition progressive de la mangrove : voilà ce qui donne de la matière à un futur communicant. L’espoir n’est pas un slogan, c’est une stratégie Mes étudiants rejettent les discours apocalyptiques qui paralysent. Ils cherchent des récits de transformation, des exemples de résilience locale, des initiatives portées par des jeunes comme eux. Ils savent instinctivement ce que confirment les recherches en communication climatique : l’anxiété sans perspective d’action mène au désengagement. Communiquer sur le climat, c’est aussi questionner le pouvoir Quand un étudiant interroge la multiplication des conférences internationales qui n’accouchent que de promesses, quand une étudiante décortique le greenwashing d’une multinationale présente au Sénégal, ils font de la communication climatique un acte de vigilance démocratique. Apprendre à enseigner autrement Cette transformation ne concerne pas seulement mes étudiants. Elle m’affecte aussi. J’ai dû accepter que mon rôle n’est plus de détenir toutes les réponses, mais de créer les conditions du questionnement. J’ai intégré davantage de formats participatifs : jeux de rôle simulant des médiations scientifiques avec les populations locales, ateliers de création de messages pour différents publics (agriculteurs, jeunes urbains, élèves), journées d’action collective en partenariat avec des associations écologiques. J’ai également appris à lâcher prise sur l’idée selon laquelle l’enseignement universitaire devrait rester « neutre ». La communication climatique ne l’est pas. Elle engage des choix éthiques, politiques et narratifs. Former des étudiants à communiquer sur le climat, c’est aussi les former à repérer les manipulations, à identifier les intérêts en jeu et, inévitablement, à choisir leur position. En assumant cette posture, j’assume aussi la mienne : la création de ClimacomAfrik s’inscrit pleinement dans cette démarche, comme une manière de faire, moi aussi, ma part Ce que je retiens Ce que mes étudiants m’enseignent, au fond, c’est que la communication sur le climat ne peut plus être descendante, exportée, déconnectée. Elle doit être construite par celles et ceux qui vivent les transformations environnementales au quotidien. Des étudiants de Richard-Toll aux podcasteuses, une génération invente déjà ses propres codes, ses propres voix. Mon rôle

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L’Afrique en quête de justice climatique à la COP 30

L’Amazonie miroir de l’Afrique Depuis ce lundi 10 novembre et jusqu’au 21 novembre 2025, Belém, au cœur de l’Amazonie brésilienne, accueillera la 30ème Conférence des Parties (COP 30) à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques. Pour la première fois, cette rencontre mondiale se déroulera au sein de la plus grande forêt tropicale du monde, symbole de la résistance écologique et de la fragilité planétaire. Cette édition marque aussi un tournant : la mise en œuvre des nouveaux engagements nationaux issus du Bilan mondial de la COP 28. Les États devront présenter des objectifs climatiques renforcés à l’horizon 2035, lesquels sont alignés sur la trajectoire des 1,5 °C. Belém sera ainsi le théâtre d’un moment de vérité pour la planète, mais aussi pour l’Afrique.  Belém, comme l’Afrique, porte les contradictions du monde climatique : richesse écologique, pauvreté structurelle, dépendance économique, vulnérabilité face aux catastrophes. Si la forêt amazonienne est souvent décrite comme le premier « poumon de la Terre », le bassin du Congo, deuxième massif forestier tropical du monde, joue lui aussi un rôle vital dans la régulation du climat mondial. Pourtant, l’Afrique ne reçoit qu’entre 3  à 4% des financements mondiaux pour le climat, alors qu’elle subit près de 40 % des pertes et dommages liés au dérèglement (site de la Banque africaine de développement, 2025). La COP 30, en Amazonie, résonne alors comme un miroir symbolique : une forêt contre une autre, deux continents du Sud global unis par la même histoire de résistance et d’espoir. Les voix africaines dans le récit climatique mondial Les COP s’ouvrent toujours par des promesses : « limiter le réchauffement à 1,5 °C », «  tendre vers zéro émission nette », «  promouvoir une transition écologique plus juste ». Cette trentième édition n’échappe pas à la tendance. Mais pour les pays africains, chaque chapitre est marqué par une tension entre promesses et dettes. Endettés, dépendants de l’aide internationale, beaucoup se retrouvent piégés dans une double contrainte : financer leur développement tout en réduisant leurs émissions. Les délégations africaines espèrent que Belém sera la COP du financement concret : la mise en œuvre effective du « Fond pour les pertes et dommages » (Loss and Damage Fund). Ce mécanisme financier international a été mis en place pour aider les pays les plus vulnérables à faire face aux impacts du changement climatique (inondations, désertifications, montée du niveau de la mer, etc.). Dans le récit climatique mondiale, les rôles sont souvent distribués à l’avance : les pays du Nord tiennent le rôle des « narrateurs » dominants. Cela signifie que ce sont eux qui écrivent le récit climatique mondial : ils fixent le vocabulaire, les priorités et les cadres des négociations. En d’autres termes, ils parlent au nom du monde, même quand les décisions concernent surtout les pays du Sud. les grandes puissances émergentes jouent les équilibristes. Les pays comme la Chine, l’Inde, le Brésil ou l’Afrique du Sud cherchent un équilibre. D’un côté, ils veulent montrer qu’ils agissent pour le climat, et de l’autre, ils continuent à dépendre fortement des énergies fossiles et de la croissance industrielle les pays africains  en voie développement apparaissent trop souvent comme « figurants de la vulnérabilité ». Autrement dit, on parle beaucoup de l’Afrique, mais on l’écoute peu. Le continent est souvent présenté comme la principale victime du changement climatique, sans qu’on lui reconnaisse un vrai pouvoir d’action ou de décision. L’Afrique apparaît dans les discours comme un symbole de souffrance (sécheresses, inondations, pauvreté), plutôt que comme un acteur stratégique capable de proposer des solutions. Pourtant, à Belém, l’Afrique veut réécrire sa partition. Des coalitions comme le Groupe africain de négociateurs ou l’initiative Africa Green Industrialization cherchent à déplacer le centre du récit : parler non plus de victimes, mais de bâtisseurs. Le continent plaide pour une industrialisation verte, fondée sur ses ressources (solaire, éolien, hydrogène vert, minerais stratégiques), mais aussi sur ses savoirs endogènes et ses innovations sociales. Lire la COP depuis l’Afrique : un récit à réinventer À chaque COP, les mots comptent autant que les actes. Le vocabulaire diplomatique :  « transition juste »,  « équité », « neutralité carbone », « justice climatique »  sert parfois à diluer les responsabilités. L’Afrique, elle, réclame un langage de la réalité : celui qui parle des villages inondés du Mozambique, des paysans sahéliens qui adaptent leurs semences, des femmes qui inventent des micro-solutions énergétiques dans les zones rurales. Derrière les formules, le continent demande que la justice climatique cesse d’être un slogan pour devenir une obligation politique. Et si l’Afrique ne se contentait plus d’être » figurant » à la COP? Cela suppose : De déplacer la narration : faire entendre les expériences africaines non comme annexes, mais comme sources d’innovation climatique. De construire des alliances Sud–Sud : entre l’Afrique, l’Amérique latine et l’Asie, pour peser face aux blocs du Nord. De transformer les pavillons africains en laboratoires d’idées, pas seulement en vitrines institutionnelles. De rendre visible le local : montrer comment chaque pays, chaque communauté, transforme déjà le quotidien – du biogaz béninois aux énergies solaires sénégalaises. La COP 30 pourrait être un chapitre charnière du roman climatique mondial. Si Belém symbolise la forêt-monde, l’Afrique incarne désormais la jeunesse-monde, celle qui refuse le statu quo et exige un contrat moral entre justice, savoir et survie. Reste à savoir si ce roman collectif se terminera par un nouveau report, ou par un changement d’auteur.Car l’Afrique n’attend plus qu’on parle d’elle : elle veut parler depuis elle-même, écrire ses propres trajectoires énergétiques, économiques et climatiques. Et peut-être, à Belém, c’est ce nouveau langage que le monde devra enfin apprendre à lire. Références Clim-dev africa. Support to the african group of  negociators (AGN).  https://www.climdev-africa.org/agn?utm_source, consulté le 10 novembre 2025. Banque africaine de développement. Focus on Africa. https://www.afdb.org/en/cop29/focus-africa?utm, consulté le 10 novembre 2025.  United nations Climate change. https://unfccc.int/fr/cop30, consulté le 10 novembre 2025. Africa Green Industrialization. https://greenindustrialization.africa/about-agii/?utm, consulté le 10 novembre 2025.  Crédits photos: ©Ludmïa Lewis

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Communications

Contrer les fakes news sur le climat, un défi communicationnel

Selon la Brookings Institution (2016), l’Afrique contribue à hauteur de 3,8% des émissions mondiales de gaz à effet de serre, et pourtant le continent subit de plein fouet les conséquences du changement climatique. Inondations, sécheresses, pertes agricoles et déplacements de populations sont désormais récurrents. Pourtant, des fausses informations (fake news) sur le climat se répandent à grande vitesse, fragilisant les efforts de sensibilisation, de mobilisation et de plaidoyer. Qu’est ce qu’une fake news? Quels sont les enjeux des fake news sur le climat en Afrique? Quels sont les outils de prévention disponibles? Je vais  essayer de répondre à ces questions dans les paragraphes qui suivent. Définitions Une “fake news” est un terme anglophone que l’on peut traduire par “fausse information” ou “mésinformation”. “La mésinformation climatique fait référence à la diffusion, généralement sans intention malveillante, d’informations inexactes ou fausses au sujet du changement climatique et de l’action climatique” (site du PNUD, 2025). La désinformation consiste, quant à elle, à diffuser une fausse information dans le but intentionnel de nuire. “La désinformation climatique est intentionnellement fausse et inventée pour induire le public en erreur au sujet du changement climatique et de l’action climatique, à des fins politiques, financières ou idéologiques.” (site du PNUD, 2025). Une désinformation est donc une fake news. Cependant, toute fake news n’est pas une désinformation. En effet, par imprudence, un individu peut relayer une fausse information. Les fakes news climatiques, un enjeu sous-estimé en Afrique D’après le dernier rapport Facts and Figures 2023 de l’Union internationale des télécommunications (UIT), 37 % de la population africaine utilisaient Internet en 2023. Bien que ce chiffre soit inférieur à la moyenne mondiale qui tourne autour de 60%, le rapport révèle une progression régulière de la connectivité sur le continent au cours des dix dernières années. Avec l’essor des réseaux sociaux et de l’Internet mobile, les fake news circulent plus vite que jamais. La propagation de fake news peut toucher des populations isolées ou mal informées. Dans un article publié en 2023, le journaliste de la BBC, Marco Silva, a relayé les 5 fausses informations les plus courantes sur la toile. L’Afrique n’échappe pas à la tendance, notamment sur les quatre points sur cinq évoqués. Le changement climatique n’est pas réél: des vidéos circulent en mettant en avant des théories négationnistes traduites en plusieurs langues et cumulants des milliers de vue. Fait réel: le changement climatique est une réalité, depuis des décennies, les scientifiques ont prouvé l’origine anthropique du réchauffement et ses impacts sur nos modes de vie. Les changements climatiques actuels sont naturels: des confusions sont souvent faites entre le climat et la météo. Des graphiques complexes partagés pour démontrer que le réchauffement climatique que nous vivons est un phénomène rien de plus banal. Fait réel: les scientifiques excluent dans leurs études les facteurs naturels de modifications du climat comme les tours d’orbites de la Terre autour du Soleil ou encore les éruptions volcaniques. Le changement climatique n’est pas le problème de l’Afrique: c’est une critique récurrente qui tend à considérer la question du changement climatique comme un problème “occidental” bien loin de nos préoccupations des populations africaines. Une posture renforcé par la théorie du complot qui veut que ce sont les pays du Nord qui ont inventé la problématique pour empêcher les pays du Sud de se développer. Fait réel: je l’ai souligné en introduction, malgré sa faible contribution au émissions de gaz à effet de serre, l’Afrique subit le changement climatique. Les conséquences sont là. Les niveaux des mers n’augmentent pas: des images retouchées sont censés prouver cette assertion. Fait réel: l’agence spatiale américaine (NASA) a démontré qu’au fur et à mesure que la température augmente, l’eau se dilate. Les océans ont déjà absorbé 90 % de la chaleur générée par le réchauffement climatique. Cette accumulation de chaleur entraîne une expansion des océans. Pourquoi les fake news climatiques circulent-elles aisément? En Afrique francophone, peu de mécanismes sont en place pour vérifier systématiquement les contenus viraux en lien avec les enjeux écologiques. En outre, si la fracture numérique rend compliquée la mise en place de systèmes de vérification fiables, il faut reconnaître que “Les complexités politiques des sociétés africaines et les particularités de leurs espaces civiques influencent toutes les manières dont la (dés)information est produite, distribuée et perçue. Les hiérarchies sociales et la répartition de l’autorité verbale dans les sociétés africaines jouent un rôle important dans la manière dont l’information se propage” ( Soto-Mayor, Mare et Onanina, 2023). Par ailleurs, d’après une étude du Centre d’Etudes stratégiques de l’Afrique (2024), les campagnes de désinformation visant à manipuler les systèmes d’information africains ont presque quadruplé depuis 2022. L’Afrique est un terrain fertile à la désinformation. Le rapport documente 189 campagnes de désinformation tout en précisant que ce chiffre est certainement sous-estimé, compte tenu de la nature opaque de la désinformation.La désinformation prospère sur certains terrains  : faible accès aux informations fiables sur le changement climatique, méfiance envers les discours venus de l’Occident, parfois perçus comme moralisateurs ; faible régulation des contenus numériques, notamment sur WhatsApp, principal canal d’information dans plusieurs pays. Ainsi, la lutte contre les fake news sur le climat est un défi communicationnel en Afrique. Il devient essentiel de développer une communication responsable afin de renforcer la crédibilité des messages et favoriser une appropriation locale des enjeux écologiques. Des solutions pour faire face au phénomène La lutte contre les fake news climatiques appelle une solidarité mondiale qui implique un large éventail d’acteurs dont des gouvernements, des universités, des groupes de réflexion, des groupes médiatiques, la société civile (site du PNUD, 2025). Toutefois, chacun à notre niveau, nous pouvons agir pour freiner ce fléau en respectant une série d’étapes: commençons toujours par évaluer la crédibilité de la source: s’agit-il d’une recherche scientifique validée par des experts, d’un média reconnu pour son sérieux, ou simplement d’un site web sans crédibilité académique? Pour les informations scientifiques en particulier, n’hésitez pas à consulter les bases de données universitaires et les publications scientifiques ayant fait l’objet d’une évaluation par les pairs pour vérifier leur

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Changement climatique, Communications

Femme et changement climatique

Le rapport « Perceptions du changement climatique dans les zones côtières au Sénégal” publié par Oxfam (2024) est un document utile pour comprendre les représentations des communautés locales face au changement climatique. En effet, connaître les perceptions des populations participe à augmenter l’efficacité des campagnes de communication sur le changement climatique. Ce document met en évidence un constat majeur : l’adaptation est vécue différemment selon le genre. Les femmes apparaissent vulnérables à cause de leur condition féminine et de leur dépendance aux ressources naturelles dans les activités de commercialisation. Dans le même temps, elles sont très engagées dans les activités de sensibilisation en faveur de l’adaptation et l’atténuation au phénomène climatique. Malheureusement, elles ne participent pas aux activités organisées par les organisations non gouvernementales (séminaires) qui ciblent prioritairement les hommes, lesquels ne jouent pas toujours leur rôle de relais auprès de la communauté. Il apparait alors clairement que le rôle des femmes reste largement ignoré dans les politiques publiques et les mécanismes institutionnels de lutte contre le changement climatique. Je me suis alors rendue compte que la lutte contre le changement climatique pouvait avoir un genre. C’est un paradoxe De l’utilité de penser la dimension genre dans la lutte contre le changement climatique Au Sénégal, en milieu rural, les femmes assurent une part essentielle des activités agricoles, de la collecte d’eau, de bois de chauffe. Elles vivent au quotidien les impacts de la dégradation des sols, des pénuries d’eau, de l’érosion côtière ou encore de l’instabilité des saisons. Cette exposition accrue à la crise climatique s’accompagne d’un accès limité aux ressources et aux espaces de décision. Cependant, cette vulnérabilité ne doit pas être réduite à une posture passive car les femmes développent des formes d’adaptation souvent invisibles comme mentionnées dans le rapport. Ces initiatives sont souvent marginalisées et manquent de soutien technique et de ressources financières. Pour qu’elles soient pleinement reconnues et renforcées, il est essentiel de les documenter rigoureusement (la recherche peut aider dans ce cas), de les appuyer concrètement et de leur accorder une véritable légitimité politique. Intégrer les femmes dans les politiques climatiques ne doit pas se limiter à les mentionner, mais implique de placer leurs savoirs, leurs pratiques et leurs engagements au cœur même des stratégies de transition écologique. En ce sens, la conférence internationale sur l’adaptation au changement climatique pilotée par Femme Adapt Climat  qui s’est tenue le 24 juillet  2024 à Dakar  est une bonne initiative. Ce projet, lancé par Mme Tania Bénédicte M’Baka, présidente du programme #FemmeAdaptClimat et fondatrice de l’ONG Migrations & Climat International, reconnaît la place centrale des femmes dans les processus de gouvernance liés à l’adaptation au changement climatique. L’intégration pleine et entière des femmes dans la lutte contre le changement climatique repose effectivemnet sur une volonté politique claire. Il est nécessaire de garantir leur accès aux financements climatiques, de renforcer leurs capacités, d’adapter les outils de gouvernance à leurs réalités, et de promouvoir leur leadership. Faire des femmes des actrices centrales de la résilience climatique, ce n’est pas uniquement une question de justice. C’est une condition de réussite. Car les transitions écologiques ne se décrètent pas : elles se construisent au plus près des territoires, avec celles et ceux qui les font vivre au quotidien. Une communication plus inclusive La réflexion sur le rôle des femmes dans la lutte contre le changement climatique conduit aussi à repenser les formes de communication. Les messages environnementaux sont souvent élaborés dans un langage technique, éloigné des réalités vécues, et diffusés par des canaux peu accessibles aux femmes, notamment dans les zones rurales. Adopter une approche communicationnelle sensible au genre implique de diversifier les canaux, de privilégier les langues locales, de mobiliser les récits oraux, et de faire appel à des figures féminines issues des communautés elles-mêmes. Il s’agit de créer des récits climatiques ancrés, porteurs de sens et de mobilisation collective.

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Les défis des communications sur le changement climatique en Afrique

Le constat à faire est simple aujourd’hui : nous faisons face à un déficit de mobilisation favorable aux questions d’environnement. Que ce soit à l’échelle locale ou nationale, les alertes concernant l’extinction d’espèces animales ou végétales ou la détérioration des écosystèmes ne semblent pas susciter les réactions attendues chez les publics. Cette situation s’explique en partie par la complexité inhérente aux questions environnementales. De fait, la protection de l’environnement renvoie tantôt aux bouleversements qui affectent l’intégrité de lieux singuliers (protection des réserves et parc nationaux comme Djoudj[1]) ; tantôt cherchent à défendre des espèces animales et végétales données (replantation de Mangrove en Casamance[2]) ; ou bien encore à prévenir des risques associés à des pratiques (pollution marine, pollution atmosphérique, dégradation du littoral). Cette diversité des enjeux rend difficile l’application d’une approche unique. Chaque composante de l’environnement présente ses propres caractéristiques et nécessite des solutions adaptées. Nos liens avec ces différents aspects de l’environnement se révèlent souvent lors de crises – qu’il s’agisse de tempêtes, de sécheresses ou d’inondations – qui mettent en lumière notre dépendance aux écosystèmes. Face à ces défis, les Sciences de l’Information et de la Communication (notre discipline d’affiliation) se sont emparées de la question environnementale depuis les années 1990 (Kane, 2016). Cette appropriation a donné naissance à un nouveau champ d’étude : la communication environnementale. Ce domaine, défini par Kane comme « le domaine de recherche des sciences de la communication qui s’intéresse à l’environnement», s’attache à répondre aux questions suivantes: comment communiquer sur la crise environnementale ? comment encourager la prise de conscience des sociétés sur les origines et les impacts du réchauffement climatique ? comment amener les sociétés à revoir leur relation à l’environnement ? (Ba, 2016). Des recherches qui se révèlent prolifiques en Afrique et ailleurs dans le monde et témoignant de l’actualité des enjeux écologiques. Au-delà, toutes ces études convergent vers la difficulté d’inciter les populations à un changement de vie durable face à la crise environnementale. De même qu’elles soulignent la place centrale de la communication dans ce dessein. Il est devenu vital de savoir bien communiquer pour sensibiliser et éduquer sur les pratiques favorables à la préservation de l’environnement. La communication est un levier efficace pour connecter l’Homme et son environnement parce qu’elle met en scène des responsabilités, désigne des victimes et des modes de réparation. Du reste, il est utile de préciser que la mobilisation environnementale s’effectue toujours dans un terreau culturel singulier qui impacte fortement sur l’efficacité des actions de communication (Ndiaye, 2021). A partir de là, parler de la problématique environnementale sous cet angle, nous amène à traiter de la question anthropologique de la nature. Les travaux de Sakho (2015) sont très utiles à convoquer pour avancer dans l’analyse. Dans son étude intitulée « Ethique animique et usages de la nature : ontologiques et pratiques Niominka dans le Delta du Saloum au Sénégal », l’auteur examine la relation unique entre les Niominka et leur environnement dans le Delta du Saloum au Sénégal. Précisément, Sakho explore deux questions fondamentales : la définition de la «nature» selon les Niominka et leur conception des relations avec celle-ci. Les Niominka, peuple maritime de l’archipel du Gandul, occupent un territoire de 500 km² entre l’océan Atlantique et le fleuve Saloum. Leur subsistance repose principalement sur la pêche et l’exploitation des ressources marines. Dans leur vision du monde, l’espace se divise en quatre lieux principaux : L’on distingue quatre principaux lieux : « les eaux », « les habitations », « les anciennes terres de culture » et «les brousses ». Ces espaces ne sont pas que géographiques, ils possèdent également une dimension sacrée et symbolique. Un aspect particulier de leur cosmologie est le concept de «trans-habitats», dont font partie les ancêtres et la mangrove. Ces êtres sont considérés comme omniprésents, pouvant s’incarner partout, mais ne pouvant interagir entre eux. Cette conception a des implications importantes pour la conservation de l’environnement. Par exemple, les Niominka attribuent la dégradation de la mangrove à l’impossibilité d’interaction entre les palétuviers, considérés comme êtres trans-habitats. Cette croyance tend à déresponsabiliser la population de ses actions sur l’environnement, tout en plaçant paradoxalement l’humain au centre de la régénération végétale. Nous voyons donc que les problématiques environnementales sont complexes, de là pour  mobiliser les publics autour des questions écologiques, il est nécessaire de miser sur des pratiques de communication originales en prenant en compte les singularités socio-culturelles. [1] Situé au Nord du Sénégal, Djoudj est le troisième parc ornithologique du monde.[2] C’est une région qui se trouve au Sud du Sénégal connue pour son écosystème singulier et la beauté de ses paysages. Références BA, Mahi Alpha (2017). Communication et développement durable : étude sur la décharge deMbeubeuss [Mémoire de master, Université Gaston Berger]. KANE, Oumar, 2016, Communication environnementale : enjeux, acteurs et stratégies, L’Harmattan. NDIAYE, Marième Pollèle, 2021, « Questionner l’objet « Eau » en sciences de l’information et de la communication : un défi épistémologique ? », Revue Africaine de communication (RAC), N°4. SAKHO, Cheikh Sadibou, 2015, Ethique animique et usages de la nature : ontologies et pratiques niominka dans le Delta du Saloum au Sénégal, Codesria.

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L’art pour sensibiliser au changement climatique

Dans mon cours dispensé en licence 3 Communication et intitulé « Communication et développement durable», je reviens souvent sur le rôle important des artistes sans la mobilisation en faveur des questions écologiques. J’en suis convaincue, les artistes, par leur sensibilité, peuvent être des médiateurs privilégiés pour mettre en exergue la fragilité des environnements qui nous entourent. L’art devient, dans ce cadre, un support de la communication environnementale. Cela est d’autant plus vrai que les premiers à se mobiliser lors des catastrophes environnementales après les associations sont les artistes. Dans l’histoire contemporaine, l’on peut considérer la chanson « We are the world » du collectif USA for Africa avec Michael Jackson et Lionel Richie (1985) comme précurseur de cet engagement. A l’époque, l’enjeu était de récolter des fonds pour faire face à une grande famine qui ravageait l’Ethiopie. Plus près de nous, à Saint-Louis (Sénégal), il y a des groupes comme « Langue de barbarie Konnection » (LBK) qui compose des chansons engagées en faveur de la protection du littoral ou encore le photographe El Junio qui sensibilise à travers ses clichés à la dégradation de l’environnement saint-louisien. Nous pouvons citer aussi le chanteur sénégalais Cheikh Lo reconnu pour son engagement écologique. En collaboration avec Youssou Ndour, il a plaidé en faveur de l’environnement avec son morceau « Set » paru en 1996. Le duo a chanté les enjeux de la propreté et de l’assainissement pour la santé et le bien-être des populations. Plus tard, en 1999, c’est une ode à l’eau dans la chanson « Ndox ». Il rappelle la préciosité de la ressource et son rôle phare dans la vie économique et sociale. En 2015, Lo chante « Ndiarignou Garaab » lors de la cérémonie de clôture du « Sommet des consciences pour le climat » à Paris. Cet événement avait réuni plus de quarante mille personnalités religieuses, culturelles ou morales issus de tous les continents. L’idée était de partager « ce qui, dans leur religion, leur morale ou leur éthique personnelle les conduit à préserver la planète et lutter contre le changement climatique » (site du sommet des consciences pour le climat, 2022). Récemment (en février 2025), le sénégalais Omar Pène et le français Christian Olivier ont signé une chanson engagée intitulée « Climat fait chaud fait froid » pour sensibiliser sur l’inaction face aux changements climatiques et ses conséquences. En Afrique, en règle générale, les artistes se sont toujours mobilisés pour alerter sur les risques écologiques. Par exemple, l’artiste béninois Romuald Hazoumé (Image 1) expose des masques sculptés dans des bidons d’essence pour sensibiliser aux déchets plastiques et au consumérisme. Hazoumè (2021) a justifié son travail : « De l’Occident vers l’Afrique, je renvoie de l’intelligence. En étudiant la manière dont les choses se passent aujourd’hui. Je ne suis pas du tout « écologiste », mais je dis que nous sommes vraiment confrontés à un désastre. Nous recevons tous les jours des déchets et nous ne savons pas quoi en faire ». Mbongeni Buthelezi, Afrique du Sud, pour sa part récupère de vieux emballages plastiques (sodas et bières) et divers matériaux en plastique pour créer des collages. Les déchets proviennent des décharges de Johannesburg. Ils commencent par les scinder en toutes petites pièces ; puis il les dissocie par couleur avant de les faire fondre ; pour terminer les déchets sont collés sur des toiles. A travers son travail, Buthelezi souhaite sensibiliser sur les dommages causés par le plastique à l’environnement (voir image 2). « L’art est un moyen de saisir le monde dans sa complexité et sa beauté », disait le poète Léopold Sédar Senghor. C’est un langage universel. Face au déficit de mobilisation, il est important que la communication sur le changement climatique se renouvelle. Les discours catastrophistes ont montré leurs limites. A ce dessein, utiliser l’art notamment en contexte africain peut être un vecteur pertinent pour stimuler le passage à l’acte. En effet, une chanson, un slam, une fresque, une exposition, une photographie, une pièce de théâtre peuvent transmettre des messages forts sur la déforestation ou encore l’érosion côtière. L’art est un réceptacle d’émotions pouvant amener à une prise de conscience, notamment dans un contexte ou une partie du public pense que le changement climatique est une sanction divine (Rapport OXFAM, 2024).   Références  Nadia Leigh-Hewiston (2023, 21 juin). Mbongeni Buthelezi: The South African artist turning plastic into portraits. URL: https://edition.cnn.com/style/article/mbongeni-buthelezi-plastic-artist-south-africa-spc-intl/index.html Siegfried Forster. (2021, 03 juillet). « L’artiste béninois Romuald Hazoumè: «De l’Occident vers l’Afrique, je renvoie de l’intelligence». URL : https://www.rfi.fr.  Oxfam au Sénégal. 2024. La perception du changement climatique dans les zones côtières du Sénégal. Série de documents d’information d’Oxfam. Image 1. Romuald Hazoumé (2007) Image 2. Mbongeni Buthelezi (2017)

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