L’art pour sensibiliser au changement climatique

Dans mon cours dispensé en licence 3 Communication et intitulé « Communication et développement durable», je reviens souvent sur le rôle important des artistes sans la mobilisation en faveur des questions écologiques. J’en suis convaincue, les artistes, par leur sensibilité, peuvent être des médiateurs privilégiés pour mettre en exergue la fragilité des environnements qui nous entourent. L’art devient, dans ce cadre, un support de la communication environnementale. Cela est d’autant plus vrai que les premiers à se mobiliser lors des catastrophes environnementales après les associations sont les artistes. Dans l’histoire contemporaine, l’on peut considérer la chanson « We are the world » du collectif USA for Africa avec Michael Jackson et Lionel Richie (1985) comme précurseur de cet engagement. A l’époque, l’enjeu était de récolter des fonds pour faire face à une grande famine qui ravageait l’Ethiopie. Plus près de nous, à Saint-Louis (Sénégal), il y a des groupes comme « Langue de barbarie Konnection » (LBK) qui compose des chansons engagées en faveur de la protection du littoral ou encore le photographe El Junio qui sensibilise à travers ses clichés à la dégradation de l’environnement saint-louisien. Nous pouvons citer aussi le chanteur sénégalais Cheikh Lo reconnu pour son engagement écologique. En collaboration avec Youssou Ndour, il a plaidé en faveur de l’environnement avec son morceau « Set » paru en 1996. Le duo a chanté les enjeux de la propreté et de l’assainissement pour la santé et le bien-être des populations. Plus tard, en 1999, c’est une ode à l’eau dans la chanson « Ndox ». Il rappelle la préciosité de la ressource et son rôle phare dans la vie économique et sociale. En 2015, Lo chante « Ndiarignou Garaab » lors de la cérémonie de clôture du « Sommet des consciences pour le climat » à Paris. Cet événement avait réuni plus de quarante mille personnalités religieuses, culturelles ou morales issus de tous les continents. L’idée était de partager « ce qui, dans leur religion, leur morale ou leur éthique personnelle les conduit à préserver la planète et lutter contre le changement climatique » (site du sommet des consciences pour le climat, 2022).

Récemment (en février 2025), le sénégalais Omar Pène et le français Christian Olivier ont signé une chanson engagée intitulée « Climat fait chaud fait froid » pour sensibiliser sur l’inaction face aux changements climatiques et ses conséquences. En Afrique, en règle générale, les artistes se sont toujours mobilisés pour alerter sur les risques écologiques. Par exemple, l’artiste béninois Romuald Hazoumé (Image 1) expose des masques sculptés dans des bidons d’essence pour sensibiliser aux déchets plastiques et au consumérisme. Hazoumè (2021) a justifié son travail : « De l’Occident vers l’Afrique, je renvoie de l’intelligence. En étudiant la manière dont les choses se passent aujourd’hui. Je ne suis pas du tout « écologiste », mais je dis que nous sommes vraiment confrontés à un désastre. Nous recevons tous les jours des déchets et nous ne savons pas quoi en faire ».

Mbongeni Buthelezi, Afrique du Sud, pour sa part récupère de vieux emballages plastiques (sodas et bières) et divers matériaux en plastique pour créer des collages. Les déchets proviennent des décharges de Johannesburg. Ils commencent par les scinder en toutes petites pièces ; puis il les dissocie par couleur avant de les faire fondre ; pour terminer les déchets sont collés sur des toiles. A travers son travail, Buthelezi souhaite sensibiliser sur les dommages causés par le plastique à l’environnement (voir image 2).

« L’art est un moyen de saisir le monde dans sa complexité et sa beauté », disait le poète Léopold Sédar Senghor. C’est un langage universel. Face au déficit de mobilisation, il est important que la communication sur le changement climatique se renouvelle. Les discours catastrophistes ont montré leurs limites. A ce dessein, utiliser l’art notamment en contexte africain peut être un vecteur pertinent pour stimuler le passage à l’acte. En effet, une chanson, un slam, une fresque, une exposition, une photographie, une pièce de théâtre peuvent transmettre des messages forts sur la déforestation ou encore l’érosion côtière. L’art est un réceptacle d’émotions pouvant amener à une prise de conscience, notamment dans un contexte ou une partie du public pense que le changement climatique est une sanction divine (Rapport OXFAM, 2024).

 
Références 

Nadia Leigh-Hewiston (2023, 21 juin). Mbongeni Buthelezi: The South African artist turning plastic into portraits. URL: https://edition.cnn.com/style/article/mbongeni-buthelezi-plastic-artist-south-africa-spc-intl/index.html

Siegfried Forster. (2021, 03 juillet). « L’artiste béninois Romuald Hazoumè: «De l’Occident vers l’Afrique, je renvoie de l’intelligence». URL : https://www.rfi.fr. 

Oxfam au Sénégal. 2024. La perception du changement climatique dans les zones côtières du Sénégal. Série de documents d’information d’Oxfam.

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Image 1. Romuald Hazoumé (2007)
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Image 2. Mbongeni Buthelezi (2017)

1 réflexion sur “L’art pour sensibiliser au changement climatique”

  1. Très intéressant. Je pense que pour une bonne sensibilisation sur le changement climatique il faut les bons moyens d’abord pour atteindre la cible. Au delà des ces auteurs je propose le premier ministre monsieur Ousmane Sanko car il fait parti des acteurs le plus écouté en ce moment en Afrique plus précisément au Sénégal pour le sensibiliser sur le changement climatique.

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