Ismaila DIENG

Ismaila Dieng 682x1024

Je me nomme Ismaila Dieng. Je suis doctorant en sciences de l’information et de la communication (SIC) au sein du Laboratoire Médias, Technologies, Information, Communication et Sociétés (Lab-Métics) de l’Université Gaston Berger de Saint-Louis (Sénégal). Vacataire aussi en théories des SIC au sein du département de communication de ladite université où nous préparons les étudiants.e.s fraîchement admis dans la discipline à comprendre les théories, méthodes, l’histoire, les concepts et l’épistémologie des SIC en vue de mieux faire carrière universitaire.

Par ailleurs, je suis dans le Réseau des Jeunes Reporters Citoyens (JRC) où nous avons réalisé des projets écologiques avec La Télé Citoyenne et professionnel en ingénierie sociale dans le cadre des projets de développement local en matière d’environnement, d’hydraulique et dans le domaine de la santé sociale. C’est une autre manière de pratiquer la recherche-action et de faire immersion dans les organisions ; en portant en filigrane la casquette de chercheur. L’organisation représente pour moi comme terrain de recherche. J’ai eu à contribuer et à co-piloter différents projets entre les localités de Saint-Louis, Tambacounda, Matam, Dakar, Thiès et Ziguinchor. Dans le cadre de notre métier, on opère, dans toute sa complexité, dans les aspects qui touchent l’information, l’éducation, la communication, la formation articulé au besoin du projet (IECF). Présentement, je suis en train d’intervenir dans le projet des AMP en Casamance. Un composant du Projet d’appui à la politique d’aires marines protégées du Sénégal à travers la conservation et la mise en valeur durables des mangroves de la Casamance et du Sine-Saloum.

Pour vous, c’est quoi le changement climatique ?

Inviter un communicant à répondre par mesure à cette question ne serait pas chose facile. Mais, les communicants pourraient s’inviter à travers l’approche pluridisciplinaire des SIC en terrain climatologique tout en respectant les frontières disciplinaires. À mon humble avis, le concept de changement climatique est complexe à définir car il touche à plusieurs réalités physiques et sociales. Il s’appréhende en fonction de la manifestation de ses problématiques dans chaque milieu et est très dynamique. La problématique environnementale – ici le changement climatique – renvoie à plusieurs réalités hétérogènes et manipule plusieurs concepts en fonction du milieu en question. Le lexique est chargé et le problème de l’environnement se rattache à plusieurs réalités et change prioritairement selon les aires géographies. Le jargon communicationnel qui accompagne ces phénomènes est très abstrait et se modifie en fonction des priorités et exigences de chaque zone. Toutefois, on pourrait toujours faire une tentative définitionnelle, comme c’est une réalité à cerner et à prendre en charge pour permettre aux communautés de chercheurs de renforcer leur travaux; mais aussi d’accompagner les acteurs décisionnels (politiques, ONG, société civile, collectivité territoriale, la presse, praticiens des métiers de l’environnement et de l’eau, etc.) dans l’optique d’anticiper sur des solutions durables. C’est visible dans notre quotidien. Le fait changement climatique présente ses effets désastreux dans la Société.

En fait, c’est la jonction de deux mots.  »Changement » d’abord, qui pourrait signifier modification d’un état à un autre dans le temps et dans l’espace, évolution constatée dans un domaine, transformation des choses. Mais, comme toute notion, le changement, comme nous le rappelle Rhéaume (2016), est << fortement polysémique, comme en fait foi l’utilisation très fréquente, voire banalisée, du terme dans le langage courant et ses multiples références dans toutes les disciplines des sciences humaines et sociales >>. Et puis, l’adjectif  »climatique » qui renvoie à climat. Il pourrait être défini comme la moyenne de l’ensemble des phénomènes météorologiques dans un espace donné et sur une période précise. Ces données météorologiques sont perceptibles à travers les éléments énergétiques qui composent notre planète tels que l’eau, l’air, le soleil, la végétation, l’atmosphère, etc. En effet, si on parle de changement climatique maintenant, on pense aux différentes fluctuations que subissent ses éléments de leur état naturel pour donner autre chose. Selon Action Climat ONU, les changements climatiques désignent les << variations à long terme de la température et des modèles météorologiques. >> Il peut s’agir concrètement de variations naturelles, dues par exemple à celles du cycle solaire ou à des éruptions volcaniques massives. Dans le cadre de la gestion des ressources en eaux, le réchauffement climatique exerce une influence profonde et complexe sur l’eau, modifiant tant sa disponibilité que sa qualité. Cela perturbe le cycle hydrique, conduisant à des sécheresses plus courantes et intenses, ainsi qu’à des inondations plus fréquentes et puissantes. En outre, l’accroissement du réchauffement climatique accélère la fonte des glaces, accroît le danger de pollution de l’eau douce par l’eau salée et peut exacerber les soucis liés à la qualité de l’eau. Les travaux de (Ngom, 2016) en SIC rendent compte assez sur ces questions. 

Sur quoi portent vos recherches ?

Mes travaux de recherche portent d’une manière générale sur les problématiques environnementales et plus spécifiquement sur le grand chapitre de l’eau. Actuellement inscrit dans la discipline sciences de l’information et de la communication (SIC), je questionne l’hydraulique rurale interconnectée au sujet des communications des acteurs locaux et du changement de comportement en contexte de changement climatique. Je suis en train de mener une étude doctorale sur les aspects qui touchent l’eau, la communication des organisations et le développement durable en milieu rural sénégalais. Je l’explore dans la zone du Sénégal oriental. Plus particulièrement, la région de Tambacounda. 

Comment les appliquez-vous pour lutter contre le changement climatique ?

Cette question me fait penser à une autre: à quoi servent les résultats des recherches scientifiques ? Après avoir produit un document scientifique, l’idéal, c’est de pouvoir traduire ses données scientifiques en données sociales, politiques ou/et économiques, etc. L’applicabilité de mes recherches pour participer à la lutte contre le changement climatique passe par un fil stratégique. La transposition de mes résultats de recherche dans le champ de l’engagement citoyen à travers des initiatives participatives nationales et locales. En dehors de ma vie académique, j’ai toujours évolué dans la sphère associative et fréquenté également les organisations de la société civile (OSC). Depuis que je suis chercheur, je m’efforce de partager, de sensibiliser et d’agir avec un langage accessible pour apprendre d’une part des expériences des autres et d’autre part impacter les membres de ma/mes communauté(s). L’objectif est de penser et panser les questions environnementales dans la co-construction de solutions durables. Les communautés ont leur manière de comprendre les phénomènes ; c’est la raison pour laquelle il faut toujours partir d’approches communautaires afin de ne pas occulter les savoirs écologiques et climatiques locaux. Par exemple, pour ne pas subir les conséquences de ces changements climatiques que nous renseignent nos recherches sur l’eau et la communication, nous initions des actions locales de sensibilisation et d’échange d’expériences afin d’aider les décideurs et autres acteurs à savoir comment bien mobiliser, informer, éduquer, et communiquer sur ce sujet complexe.  Je co-entreprends aussi dans le domaine de l’éducation écologique et environnementale avec l’Atelier d’Art Kré Mbaye pour les enfants dans mon quartier. L’équipe passe par le canal de l’éducation populaire pour sensibiliser aux défis climatiques de notre époque. C’est crucial pour façonner la compréhension de la génération future du monde et de son rôle dans celui-ci. Ce n’est pas facile, car beaucoup de nos concitoyens, bien qu’informés sur le changement climatique et ses effets, ne sont pas encore sensibles à la question. Mais, à force de mener constamment des actions alliant production de savoir et engagement civique, on finirait certainement par obtenir des solutions durables dans nos communautés. D’ailleurs, les travaux de Veronica Mitroi et de José-Frédéric Deroubaix (2018) sur les << sciences participatives dans le domaine de l’eau >> permettent d’avoir une bonne lecture et approche pour la mise en œuvre et le partage des données de la recherche par la << reformulation des fondements épistémologiques de la relation entre science, savoirs experts et acteurs de la société >>. 

Est-ce que vous communiquez vos actions auprès du grand public ?

Effectivement, comme expliqué précédemment. Je tente d’occasionner une communication pour informer, sensibiliser, éduquer et former sur le changement climatique et ses conséquences dans le secteur de l’eau, de la santé, de l’agriculture et de la foresterie, etc. Pour moi, le chercheur en sciences humaines et sociales est un éclaireur de sa société, pour parler comme les sociologues. Ainsi, on a un rôle majeur à jouer avec les SIC dans ce vaste chantier. Avec nos contributions mais surtout par la vulgarisation de nos recherches. 

J’investis le terrain, nos associations de quartiers et les réseaux sociaux numériques pour créer un impact positif dans mes différentes communautés. Et, je pense que cela passe par la transformation des résultats de recherche en diverses activités sociales au-delà des actes de colloques, la publication dans les revues scientifiques, etc. Ce qui fait qu’en dehors des rencontres scientifiques qui servent aussi d’espace de communication de mes recherches, je travaille sur d’autres canevas qui impliqueront plus ce qu’on qualifie les  »profanes » et d’autres acteurs. Par exemple, autour de moi, j’écris de petits textes et je fais de petits gestes issus de mes recherches. Dans nos organisations locales, je co-organise des sessions de renforcement de connaissances et de compétences dans le domaine du développement vert pour mieux avancer des solutions dans ce secteur. Je prends part à des journées de sensibilisation pour engager et accompagner cognitivement nos communautés dans la transition écologique par une approche communautaire. Autrement dit, mettre nos cibles au cœur des activités de communication. 

Est-ce que vous évaluez vos actions ?

Dans toute initiative de projet – recherche comme ailleurs -, le suivi et l’évaluation sont un pilier intéressant qui font avancer le processus de projet et permet de savoir s’il impacte sur les cibles. En d’autres termes, est-ce que les concitoyens s’approprient mieux des messages sur les enjeux du changement climatique ? Des enquêtes de mesures d’impact sont toujours préparer dans mon approche de travail pour vérifier à l’endroit des cibles et faire le suivi. Toutefois, ce n’est pas aussi facile comme on le pense. Si on travaille dans un groupe où les acteurs n’ont pas les mêmes perceptions et approches de déroulement d’un projet, il faut toujours s’attendre à ces manquements. Ce qui fait que les actions d’évaluation sont peu pris en compte pour plusieurs raisons: problèmes organisationnels et de logistiques, la qualité des ressources humaines, négligence dans la budgétisation de la communication, etc. À mon niveau, quand on m’implique dans une initiative, je fais de mon possible pour faire des propositions allant dans ce sens : une stratégie de suivi et évaluation axés sur les résultats; mais malheureusement, les acteurs d’un projet sont complexes. Difficiles à convaincre pour relever ces défis communicationnels. Quoi qu’il en soit, l’espoir est toujours là pour gérer les challenges de communication en interne avant d’attaquer ceux en externe. 

Quelle est l’importance de la recherche pour faire face au changement climatique ?

«  l’impératif scientifique » évoqué sur l’enjeu de la recherche en sciences sociales en matière de gestion de l’eau, pour reprendre les travaux de Fabienne Barataud, Florence Hellec, Alix Levain et Sandrine Petit (2018), me permet de répondre à cette question capitale. Comme dans le domaine de la gestion de l’eau, le changement climatique est soumis à deux injonctions : un impératif scientifique et un impératif participatif pour utiliser leurs concepts: 

« La science est aussi là pour aider à justifier, légitimer et appuyer la décision. Les collègues ou les acteurs réunis attendent parfois des sciences sociales qu’elles prennent en charge le rôle de traducteur, de tiers, d’animateur, de passeur pour rapprocher des acteurs sociaux ou créer des ponts entre des lieux (arènes, institutions, réseaux), ou encore qu’elles servent à légitimer les dispositifs participatifs et les stratégies des décideurs (Barbier et Larrue, 2011 ; Blondiaux et Fourniau, 2011). Les scientifiques produisent des discours et des argumentaires sur une réalité qu’ils contribuent à transformer (Riaux, 2013a). Ce dernier rôle est souvent peu explicite, que ce soit pour les chercheurs en sciences biotechniques ou sociales. Car « ce que les sciences sociales font à la participation et ce que la participation fait aux sciences sociales » est un sujet qui demande une démarche réflexive (Blondiaux et Fourniau, 2011). La réflexivité, presque inévitable pour les chercheurs impliqués de fait dans des activités d’intermédiation, acquiert alors, lorsqu’il s’agit de chercheurs en sciences sociales, un caractère structurel (Steyaert et al., 2016). Elle constitue en effet à la fois une condition pour la description des dynamiques sociales et politiques engagées sur le terrain et une dimension de leur expérience vécue, dans un contexte où la place des sciences sociales dans ces dispositifs n’est ni acquise ni stable et doit être construite et négociée chemin faisant.»

 

C’est dans ce sens qu’il faut obligatoirement avoir besoin de la recherche pour mieux faire face aux changements climatiques. Et je pense que, depuis longtemps, des travaux en sciences exactes tout comme en sciences sociales sont en train d’être menés par des universitaires. D’ailleurs, même dans les sciences jeunes telles que les sciences de l’information et de la communication (SIC), des chercheurs commencent à se spécialiser dans les questions environnementales et climatiques pour mieux les documenter et travailler sur des solutions durables. On pourrait citer les Pr Omar Kane et Marième Pollèle Ndiaye, les Dre Céline Hervé-Bazin et Kiné Guèye Ngom. Toutefois, il faut juste relever quelques défis liés à la vulgarisation des données issues de la recherche scientifique.

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