Présentez-vous.
Je me nomme Babacar Cissé, doctorant en communication et chargé de cours à l’Université de Montréal. Après un Master 2 en communication publique, territoriale et développement durable, j’ai orienté mes travaux vers l’analyse des dynamiques sociales au croisement de la communication, de la santé publique et du développement communautaire. Mon domaine de recherche s’inscrit dans une perspective interdisciplinaire, à la fois critique et située, avec un intérêt particulier pour les mécanismes endogènes de financement de la santé en milieu rural au Sénégal. J’interroge la manière dont les pratiques communicationnelles façonnent l’action collective, soutiennent la solidarité, et participent à la résilience des communautés locales.
Pour vous, c’est quoi le changement climatique ?
Le changement climatique ne peut être réduit à une simple variation des températures ou à des perturbations météorologiques. Il s’agit d’un phénomène systémique qui modifie en profondeur les écosystèmes, les équilibres socio-économiques et les rapports de pouvoir autour de la gestion des ressources. Pour moi, c’est également une question éthique et politique, car ce sont les populations les plus vulnérables notamment rurales et africaines qui subissent les conséquences les plus lourdes d’un processus auquel elles ont peu contribué. En ce sens, le changement climatique révèle et accentue les inégalités structurelles à l’échelle mondiale.
Sur quoi portent vos recherches ?
Mes recherches portent sur les réponses communautaires aux besoins de mutualité en santé, en particulier dans les régions rurales du Sénégal. J’étudie comment des communautés locales conçoivent et gèrent collectivement des champs agricoles solidaires, dont les revenus servent à financer l’accès aux soins pour les membres du village. Cette initiative, à la fois agricole, sociale et sanitaire, offre un terrain empirique riche pour analyser les pratiques communicationnelles qui soutiennent la collaboration, la délibération, la gouvernance et la redistribution. Mon travail vise à comprendre comment des formes locales d’organisation sociale permettent de répondre à des enjeux de santé dans un contexte marqué par l’incertitude, la rareté des ressources, mais aussi par une forte capacité d’adaptation communautaire.
Comment les appliquez-vous pour promouvoir un développement durable ?
Je conçois ma recherche comme une mise en valeur de pratiques locales qui articulent, dans un même geste, solidarité sociale, souveraineté économique et durabilité écologique. Le champ collectif, par exemple, mobilise des savoirs agroécologiques traditionnels, s’appuie sur une gestion communautaire des ressources et renforce l’accès équitable aux soins. En documentant ces pratiques, en les analysant, et en les rendant visibles dans l’espace public, je contribue à une vision du développement durable décentrée, endogène, et portée par les communautés elles-mêmes, loin des solutions descendantes ou technocratiques.
Est-ce que vous communiquez vos actions auprès du grand public ?
Oui, la transmission des savoirs est une dimension centrale de ma démarche. En plus des publications scientifiques, je m’efforce de produire des formats accessibles (articles vulgarisés, interventions médiatiques, conférences communautaires) et de dialoguer régulièrement avec les acteurs de terrain, les organisations communautaires et les institutions locales. Communiquer ses recherches, ce n’est pas simplement les rendre visibles : c’est aussi une responsabilité démocratique qui permet de tisser des liens entre le monde académique, les décideurs publics et les citoyens.
Est-ce que vous évaluez vos actions ?
Oui, à travers une évaluation qualitative et participative. Celle-ci repose sur une écoute attentive des retours du terrain, sur des entretiens de suivi, et sur une réflexion constante autour de l’impact de mes démarches. L’évaluation, pour moi, n’est pas un simple instrument de mesure : c’est un processus réflexif, évolutif, qui permet de co-construire la recherche avec les communautés, d’ajuster les méthodes et de mieux comprendre les conditions de réussite ou d’échec des actions entreprises.
Quelle est l’importance de la recherche dans la promotion du développement durable ?
La recherche joue un rôle structurant dans la transition vers un développement durable. Elle permet non seulement de produire de nouvelles connaissances, mais aussi de donner sens et profondeur aux expériences locales, de nourrir les politiques publiques et d’alimenter un débat éclairé. Mais pour que la recherche soit réellement transformatrice, elle doit sortir des laboratoires, s’ancrer dans les réalités sociales, écouter les voix périphériques, et accepter de se laisser transformer par les terrains qu’elle explore. En ce sens, je vois la recherche comme un acte de solidarité intellectuelle, ancré dans une démarche critique, engagée et transdisciplinaire.
