Aliou Kalidou BARRY

Présentez-vous.

Je suis Aliou Kalidou Barry, diplôme en Sciences de l’information et de la Communication, spécialité Communication Publique Territoriale et Développement Durable (CPTDD) à l’université Gaston Berger (Saint-Louis, Sénégal). Actuellement, je suis doctorant affilié au Lab-MéTICS et je suis une formation en Master Sciences Politiques au sein de la même université.  Mon domaine de prédilection est la recherche et l’enseignement. À ce titre, je suis chargé de travaux dirigés (TD) au Département de Communication de l’UGB depuis trois ans. J’interviens également comme enseignant vacataire dans un établissement privé à Dakar.

 

Sur quoi portent vos recherches ?

Mes travaux s’inscrivent dans le champ de la communication environnementale, avec un intérêt particulier pour les défis communicationnels liés à la lutte contre la déforestation au Sénégal. Mon mémoire de Master a porté sur la communication autour de la lutte contre la déforestation dans la commune de Ndioum, située au nord du Sénégal, à la frontière avec la Mauritanie, où la désertification est particulièrement préoccupante. Dans le cadre de ma thèse également, parmi les sous thèmes que j’explore, il y a les enjeux liés aux ressources environnementales et forestières en Casamance. Je m’intéresse, notamment aux conflits structurés autour de ces ressources en m’interrogeant sur le rôle que peuvent jouer les médias communautaires pour prévenir, atténuer ou résoudre ces conflits.

 

 

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Aliou Kalidou Barry

 

Pour vous, c’est quoi le changement climatique ?

Parler du changement climatique n’est pas chose aisée. En réalité, il existe une multitude de discours, de considérations autour de cette réalité, ce qui me pousse à préférer le pluriel, c’est-à-dire, les changements climatiques plutôt que le singulier. Disons qu’historiquement, le climat a toujours évolué. Les changements climatiques naturels s’observent, selon les spécialistes, sur des périodes assez longues allant de 30, 40 voire 50 ans. Cependant, ce dont il est majoritairement question, actuellement, dans les discours médiatiques, scientifiques, institutionnels et des ONG c’est du changement climatique d’origine anthropique. Là, s’agit de bouleversement du climat dont l’homme est à la fois le principal responsable et la principale victime. Cette donne résulte, surtout de nos modes de consommation quotidiens, de nos mauvais rapports à notre environnement ou au cadre de vie, des activités industrielles etc. Ces pratiques entraînent la dégradation de la couche d’ozone, l’augmentation des températures globales, la fréquence accrue de catastrophes naturelles, la déforestation et le phénomène des « réfugiés climatiques ». J’en veux pour preuve les riverains du quartier de Guèt Ndar de Saint-Louis, actuellement déplacés et relogés dans un autre quartier situé à la périphérie de cette ville. Je précise également que si je parlais auparavant de changement climatique, j’ai un peu évolué dans ma conception du phénomène, désormais, je préfère l’expression dérèglement climatique, qui me semble plus précise et plus représentative de la situation actuelle.

 

Comment appliquez-vous vos recherches pour lutter contre le changement climatique ?

Les problématiques environnementales contemporaines sont étroitement liées aux questions des changements climatiques. Cependant, l’un des principaux problèmes auxquels, nous chercheurs Sénégalais sommes confrontés, est la faible valorisation et l’application des résultats de nos recherches. Les mécanismes institutionnels devant permettre une exploitation bénéfique de nos travaux sont encore très limités. La difficulté ne réside pas simplement dans la recherche elle-même, mais dans sa mise en application concrète pour changer ou impacter positivement la vie de nos communautés.

 

Est-ce que vous communiquez vos actions auprès du grand public ?

C’est cela même le paradoxe. Nous sommes formés en communication, mais la communication demeure le maillon faible dans la valorisation ou la vulgarisation de nos recherches ou actions. C’est le ventre mou de la recherche scientifique en Afrique. Il est considérablement difficile de communiquer ces recherches au grand public. Nos initiatives sont généralement informelles, personnelles et non structurées. Bien sûr, nous sommes affiliés à des laboratoires de recherches universitaires, mais qui sont à peine fonctionnelles. C’est pourquoi, nous essayons d’agir à titre personnel au niveau communautaire, « en faisant notre part » pour reprendre, la légende de la Colibri. Cependant, nous manquons de mécanismes efficaces pour partager nos actions (par exemple des espaces comme ClimaComAfrik. Nous avions mis en place une association communautaire dédiée à la lutte contre la déforestation, qui est aujourd’hui inactive faute de moyens. Nos messages ne sont diffusés que par le biais de radios communautaires, lorsque cela est possible, bien entendu.

 

Est-ce que vous évaluez vos actions ?

Non, puisque nos actions sont de nature informelle et communautaire, nous ne disposons pas encore d’outils d’évaluation adaptés. Pourtant, nous cherchons à ouvrir le débat. Par exemple, face à certaines croyances selon lesquelles les changements climatiques seraient une « punition divine » (Barry, 2022), nous intervenons via les radios communautaires comme à Ndioum pour expliquer les causes anthropiques du dérèglement climatique. Notre approche est très sensible aux croyances locales. Elle parte des référents culturels pour mieux faire passer nos messages. Disons que c’est mieux que rien.

 

Quelle est l’importance de la recherche pour faire face au changement climatique ?

Je crois que la recherche est indispensable pour comprendre les croyances, les perceptions et les représentations sociales autour des changements climatiques. Avant d’agir, il faut d’abord comprendre et théoriser. Comme le disait Kurt Lewin, « rien n’est plus pratique qu’une bonne théorie ». Une bonne compréhension des contextes aidera certainement à concevoir des actions mieux adaptées, efficaces et durables, surtout au niveau local.

 

 

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